Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG)
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AG du Parti de la rue - 12 février 2026
<p><img alt="" class="spip_logo spip_logo_right" height="600" src="https://www.pressegauche.org/IMG/logo/assemblee_generale_du_parti_de_la_rue_jeudi_12_fevrier_2026.png?1770260771" width="1025" /></p> <div class="rss_chapo"> <p>12 février 2026 à 19 h 00</p> <p>Le lien zoom sera envoyé plus tard !</p> </div> <div class="rss_texte"> <p>Face à une conjoncture politique provinciale des plus instables, à des attaques aux contre-pouvoirs via des projets de loi liberticides, face à une mobilisation sociale qui s'organise, et à quelques jours du Conseil National de Québec solidaire...</p> <p>Comment le parti devrait-il se positionner ? Quels enjeux devraient être mis de l'avant ? Quelles stratégies ? Comment le seul parti de gauche devrait-il manoeuvrer pour pouvoir prendre sa place dans cette situation ?</p> <p>Nous tenterons de répondre à ces questions et nous vous proposerons quelques pistes de réflexions et d'actions lors d'une rencontre en ligne le jeudi 12 février à 19h (lien zoom à venir).</p> <p>Soyez-y et prenez part à la discussion !</p> <p>Lien Facebook<br class="autobr" /> <a class="spip_url spip_out auto" href="https://www.facebook.com/profile.php?id=61580175180572" rel="nofollow external">https://www.facebook.com/profile.php?id=61580175180572</a></p> </div>
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February 6, 2026 at 1:56 AM
Lettre ouverte à Plamondon, chef du Parti québécois. "La diversité n'est pas une faiblesse : elle est constitutive de l'humanité"
<p><img alt="" class="spip_logo spip_logo_right" height="768" src="https://www.pressegauche.org/IMG/logo/pspp-1024x768-2.png?1770062704" width="1024" /></p> <div class="rss_chapo"> <p>Cela fait plusieurs jours que je réfléchis à une réponse appropriée à adresser à M. Plamondon. Un homme qui, loin de paraître avoir 48 ans, en semble plutôt avoir cent — non pas en raison de son apparence physique, qui m'est parfaitement indifférente, mais en raison de ses idées suprémacistes et de ses vieilles techniques d'agitation sociale.</p> </div> <div class="rss_texte"> <p>Nous l'avons entendu parler de laïcité en dénigrant de manière sélective les religions diabolisées à chaque époque — hier les Juifs, aujourd'hui les musulmans. Nous l'avons entendu parler de l'indépendance du Québec tout en exprimant sa volonté d'établir des relations avec l'administration Trump, avec laquelle le Québec serait tout sauf indépendant. Nous l'avons entendu parler de l'immigration en la présentant comme une menace qu'il faudrait contenir, sans reconnaître que si la population du Québec peut aujourd'hui être qualifiée d'« <i> autochtone </i> », c'est parce qu'elle a été imposée par la force aux véritables habitants de cette terre, dans le sang et le feu. Et, il y a quelques jours à peine, nous l'avons vu comparer l'esclavage et la colonisation à ce que, selon lui, cette province aurait vécu — ou vivrait encore.</p> <p>Si l'on se fie aux sondages au Québec, le discours de M. Plamondon semble bénéficier d'un accueil majoritaire auprès d'une partie de l'électorat. Cela devrait susciter de l'inquiétude, mais aussi de la détermination : la détermination de remettre cet homme à sa place.</p> <p>Je viens d'un pays impérialiste et colonisateur, l'Espagne, et je dois dire que ce n'est que depuis relativement peu d'années que l'Amérique latine a commencé à nous demander des comptes pour nos exactions historiques, présentées pendant des générations, au sein même de notre pays, comme des « <i>actions civilisatrices</i> ». L'histoire, lorsqu'on l'examine avec honnêteté, dérange. Et les vérités doivent être reconnues afin de pouvoir établir des équilibres et des réparations. Ne pas le faire fait perdre toute légitimité, vide les sociétés de leur morale et nourrit une arrogance dont nous sommes déjà largement pourvus.</p> <p>Dans mon pays d'origine existent des nations historiques qui ont suivi leur propre trajectoire depuis des temps immémoriaux, avec leurs langues propres et des cultures pleinement développées : la Catalogne, la Galice, l'Andalousie ou le Pays basque. Et non, M. Plamondon : le Québec peut être considéré comme une nation historique — je ne contesterai pas ce point — mais il ne ressemble en rien à ces nations européennes. Il ne possède ni une histoire millénaire ni même une reconnaissance internationaliste aux côtés des peuples qui luttent aujourd'hui pour leur libération.</p> <p>Le Québec, comme le reste du Canada, est une construction politique édifiée sur la domination et le génocide des Premières Nations, traitées comme des obstacles sacrifiables dans un projet colonial qui n'a toujours pas été assumé ni réparé.</p> <p>S'il y a eu et s'il existe encore de l'esclavage au Québec, ce n'est pas la société québécoise blanche qui en a été victime, malgré les exactions du colonialisme britannique. Des Blancs contre des Blancs. Hier, ce furent les Premières Nations, les citoyens chinois ou les citoyens noirs qui furent violentés de mille façons ; aujourd'hui, s'y ajoute la population migrante — celle-là même que vous dénigrez pour son culte et que vous stigmatisez pour ses langues.</p> <p>Car, Paul St-Pierre Plamondon <span class="ressource spip_out"><<a class="spip_url spip_out" href="https://www.facebook.com/pspp.quebec?__tn__=-" rel="external">https://www.facebook.com/pspp.quebe...</a>K*F]></span><br class="autobr" /> , il existe de profondes différences entre le Québec que vous proclamez et le Québec réel. Et les livres d'histoire — plus tôt que tard — commenceront à refléter cette réalité avec davantage d'honnêteté.</p> <p>Je considère parfaitement légitime la défense du français comme langue véhiculaire. Mais il est profondément incohérent de soutenir cette défense tout en ignorant — hier, aujourd'hui et vraisemblablement demain — les immenses difficultés réelles liées à l'intégration de nouveaux citoyens : ceux-là mêmes que vous ne voulez pas, mais qui sont déjà ici.</p> <p>La réalité est qu'au Québec, comme dans le reste du monde globalisé, chaque nouvelle famille parle trois ou quatre langues sous un même toit. Aller à l'encontre de cette réalité, aller à l'encontre de la nature sociale elle-même façonnée par le capitalisme global, en tentant d'imposer de manière impériale une culture dominante — artificielle mais omniprésente — sur les autres, ne peut produire qu'une seule chose : un rejet profond et croissant, qui finira par s'organiser contre tout ce que vous représentez aujourd'hui.</p> <p>Ce rejet naturel, M. Plamondon, ne vient pas des minorités. Il naît de la peur érigée en programme politique et de discours xénophobes qui placent des centaines de milliers de personnes vivant au Québec dans la ligne de mire de la discrimination et de l'infamie. Heureusement, une nouvelle société — dont vous et ceux qui se reconnaissent dans vos paroles êtes déjà exclus — avance sans demander la permission. Une société qui parle espagnol, anglais, français, hindi, tagalog, arabe, hébreu, grec, italien, persan et bien d'autres langues, et qui comprend que l'État québécois et l'État canadien, loin d'être des alliés naturels, ont historiquement agi comme des structures d'exclusion et de domination.</p> <p>Manuel Tapial est un militant social et chercheur sur les mouvements populaires et la justice internationale. Il vit à Montréal et collabore avec des plateformes d'analyse politique et de défense des droits humains, avec un accent particulier sur la solidarité internationale et les droits des peuples marginalisés.</p> <p>******</p> <h2 class="spip">Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine. </h2> <p>Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.</p> <p>Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :</p> <center> <h5 class="widget-title">Abonnez-vous à la lettre</h5> <p><!-- Begin MailChimp Signup Form --></p> <form action="//pressegauche.us9.list-manage.com/subscribe/post?u=730411ce9b6e72cf02b79c890&amp;id=5abe61d847" class="validate newsletter-form clearfix" id="mc-embedded-subscribe-form" method="post" name="mc-embedded-subscribe-form" target="_blank"> <p class="input-email clearfix"> <input class="required email" id="mce-EMAIL" name="EMAIL" type="email" value="" /></p> <p class="input-email clearfix"> <input class="text email" id="mce-FNAME" name="FNAME" type="text" value="" /></p> <p class="input-email clearfix"> <input class="text email" id="mce-LNAME" name="LNAME" type="text" value="" /></p> <p><span><input class="submit" id="mc-embedded-subscribe" name="subscribe" type="submit" value="GO" /></span></p> <div class="clear" id="mce-responses"> <div class="response" id="mce-error-response" style="display: none;"></div> <div class="response" id="mce-success-response" style="display: none;"></div> </div> <p><!-- real people should not fill this in and expect good things - do not remove this or risk form bot signups--></p> <div><input name="b_730411ce9b6e72cf02b79c890_5abe61d847" tabindex="-1" type="text" value="" /></div> </form> <p><!--End mc_embed_signup--></p> </center></div>
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February 3, 2026 at 7:46 PM
Les médias de l'establishment plaident pour le service militaire obligatoire
<p><img alt="" class="spip_logo spip_logo_right" height="375" src="https://www.pressegauche.org/IMG/logo/assurer_la_securite_du_canada.png?1770042265" width="637" /></p> <div class="rss_chapo"> <p>Les médias de l'establishment plaident pour le service obligatoire, cultivant discrètement le consentement public à une société plus lourdement armée. Lorsque le Canada a mis fin à la conscription après la Seconde Guerre mondiale, les Canadien·nes ont poussé un soupir de soulagement. Aujourd'hui, les médias de l'élite veulent la rétablir.</p> </div> <div class="rss_texte"> <p>28 janvier 2026 |<a class="spip_out" href="https://breachmedia.ca/canadian-media-manufacturing-demand-for-citizen-soldiers/" rel="external">The Breach</a></p> <p>Alors que le premier ministre Mark Carney s'engage dans une expansion massive et sans précédent de l'armée canadienne, les médias publient des articles appelant à un service national obligatoire, encensent la conscription dans les pays nordiques et interviewent sans esprit critique des dirigeants militaires qui se lamentent de la baisse du recrutement.</p> <p>Ces articles soutiennent qu'un renforcement militaire est nécessaire pour prévenir une invasion américaine. En réalité, Carney a augmenté les dépenses militaires pour complaire à Trump, et des hausses majeures du budget de la défense figurent depuis longtemps sur la liste de souhaits de l'élite patronale et du lobby de l'armement.</p> <p>Plutôt que de jouer leur rôle de critiques ou d'enquêteurs face à ce virage, les médias canadiens fabriquent le consentement.</p> <p><strong>Clameur pour la conscription</strong></p> <p>Lors de l'élection fédérale de 2025, Carney a promis que son parti augmenterait les dépenses militaires à deux pour cent du PIB afin de respecter l'exigence de l'OTAN.</p> <p>Mais une fois les libéraux élus à la tête d'un gouvernement minoritaire, ils se sont engagés à porter ce chiffre à un énorme cinq pour cent d'ici 2035, se conformant ainsi à une cible encore plus élevée exigée par Trump. Cela représente 150 milliards de dollars de fonds publics par année — plus du double de ce que le Canada consacrait à l'armée au sommet de la guerre froide.</p> <p>Mais une armée n'a pas seulement besoin d'argent. Elle a besoin de soldats. Or, ces dernières années, l'armée canadienne a été confrontée à une « spirale de la mort » marquée par une chute du recrutement.</p> <p>Carney a donc lancé une campagne de recrutement, augmentant les salaires et les avantages sociaux à l'entrée dans les forces armées. Il prévoit d'ajouter 100 000 Canadien·nes aux réserves militaires et d'en recruter 300 000 autres comme « soldats-citoyens », un groupe de volontaires formés à des compétences telles que le tir, la conduite de camions et le pilotage de drones.</p> <p>Les médias canadiens avancent en parfaite synchronisation avec lui, publiant des articles qui justifient et soutiennent ses politiques.</p> <p>En juin, le gouvernement a annoncé une augmentation de 9 milliards de dollars pour les Forces armées canadiennes, incluant des cibles de recrutement plus élevées pour la réserve primaire. Deux jours plus tard, The Globe and Mail publiait un article saluant le financement militaire de Carney. Cette semaine encore, The National Post célébrait la « reconstruction » de l'armée canadienne grâce au plan de financement de 9 milliards de dollars de Carney.</p> <p>Pour l'instant, les projets de Carney visant à muscler l'armée reposent sur le volontariat. Mais les médias de l'élite plaident déjà pour un service national obligatoire incluant l'enrôlement militaire. On retrouve ces appels dans Maclean's, The National Post et PNI Atlantic News (la branche maritimes du gigantesque réseau médiatique Postmedia).</p> <p>Même des médias indépendants progressistes ont rejoint le chœur. The Tyee a publié des articles plaidant pour une augmentation des dépenses militaires, appelant à la création d'un corps de défense civile et allant même jusqu'à réclamer explicitement la conscription.</p> <p>Carney prévoit une expansion massive de l'armée canadienne à l'aide d'une force civile composée de 300 000 volontaires. Crédit : MarkJCarney/X</p> <p>La campagne médiatique canadienne en faveur de dépenses militaires et de recrutement accrus s'est intensifiée lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, lorsque les médias affirmaient que le Canada pourrait devenir une cible de Moscou.</p> <p>Puis, en mai 2024, le premier ministre britannique Rishi Sunak, chef du Parti conservateur du Royaume-Uni, a lancé une idée extravagante pour tenter de redresser son parti alors en difficulté dans les sondages. Sunak a déclaré que, s'il était élu, les jeunes de 18 ans seraient obligés de servir un an dans l'armée ou de se porter volontaires pour la « résilience civile », c'est-à-dire essentiellement du service communautaire.</p> <p>Même l'ancien chef d'état-major de la marine britannique a qualifié cette idée de « complètement folle ». Pourtant, les médias canadiens lui ont accordé une attention démesurée.</p> <p>Une collaboratrice du Toronto Star a écrit que Sunak « pourrait avoir involontairement résolu l'une des préoccupations croissantes du Canada ». Notant l'augmentation du nombre de Canadien·nes recourant aux banques alimentaires, elle affirme que « la réponse, ce sont davantage de bénévoles » — plutôt que, par exemple, des gouvernements qui s'attaquent aux géants de l'alimentation ou financent des programmes publics de sécurité alimentaire. Le service militaire n'est mentionné qu'une seule fois dans le premier paragraphe.</p> <p>The National Post a également soutenu la politique de Sunak, en y ajoutant sa propre touche de guerre culturelle. L'autrice passe l'essentiel de l'article à se plaindre que « les jeunes apprennent à haïr le Canada » et soutient qu'un service national obligatoire pourrait leur inculquer un peu de patriotisme. Elle conclut : « Nous nous illusionnons si nous pensons qu'un jour ou l'autre, nous n'aurons pas à nous battre nous aussi pour notre pays. »</p> <p>Ces tribunes mettent de l'avant la nécessité d'un « service national » où les jeunes feraient du bénévolat dans des organisations communautaires, tout en minimisant la dimension militaire. Mais les projets de service national constituent en réalité une pression déguisée en faveur du recrutement militaire et des budgets qui l'accompagnent. Dans PNI Atlantic News, un ancien lieutenant-général canadien et un professeur du Collège des Forces canadiennes ont confirmé qu'un service national obligatoire « contribuerait grandement à résoudre le problème de recrutement des Forces ».</p> <p>De fait, le ministère de la Défense nationale s'est mis à étudier les modèles de conscription des pays nordiques pour orienter sa nouvelle stratégie visant à inciter les fonctionnaires à se porter volontaires pour le service militaire.</p> <p>En août, un article de CBC News dressait le portrait des armées de conscription finlandaise et suédoise, suggérant que le Canada pourrait vouloir « suivre l'exemple de la Suède ». Sans jamais l'affirmer explicitement, l'article amène le lecteur à conclure que ces alliés de l'OTAN sont lucides face à la menace de guerre et que la conscription constitue une solution raisonnable — voire responsable.</p> <p>Dans un détour étrange, l'article de la CBC revient sur la guerre d'Hiver de 1939, lorsque la Finlande a repoussé une invasion soviétique, et affirme que cet épisode rappelle pourquoi le service militaire obligatoire est « nécessaire » en Finlande. L'auteur omet de mentionner ce qui a suivi dans l'histoire : la collaboration active de l'armée finlandaise avec l'Allemagne nazie.</p> <p>Carney a annoncé en août 2025 qu'il dépenserait 2 milliards de dollars pour augmenter la rémunération et les avantages sociaux des militaires. Crédit : MarkJCarney/X</p> <p><strong>Des cadeaux pour les va-t-en-guerre</strong></p> <p>Recruter davantage de civils canadiens dans l'armée est une mauvaise idée, qu'il s'agisse de volontaires, de réservistes à temps partiel ou de militaires d'active.</p> <p>Pousser plus de Canadien·nes à s'enrôler servira à justifier des budgets militaires plus élevés, et des budgets plus élevés entraîneront des campagnes de recrutement encore plus agressives, créant une dynamique auto-entretenue vers une société toujours plus militarisée. Cette militarisation est une concession à Trump, et non une protection contre lui.</p> <p>Mettre le Canada sur un pied de guerre mal conçu laisse peu de place aux dépenses qui amélioreraient réellement la vie des gens : investissements dans les énergies propres, les soins de santé publics et le transport collectif. N'oublions pas que, tout en élargissant les effectifs militaires et en augmentant les salaires, Carney supprime 40 000 emplois dans la fonction publique.</p> <p>Derrière la rhétorique du « coudes levés », l'augmentation des dépenses militaires de Carney resserrera les liens du Canada avec les États-Unis. Un programme de l'armée canadienne prévoit de dépenser jusqu'à 500 millions de dollars en équipement américain. Un autre contrat majeur de défense, signé en juillet dernier, comportait des exigences techniques qui ont réduit les candidats à une seule entreprise américaine.</p> <p>Les armées sont de gigantesques contributrices aux changements climatiques. Les hauts gradés des Forces armées canadiennes ont reconnu que l'institution est infiltrée par des suprémacistes blancs et minée par les inconduites sexuelles. Les signalements de comportements haineux dans l'armée ont explosé au cours de la dernière année.</p> <p>L'ensemble de notre écosystème médiatique repose sur l'idée que davantage d'armes et de soldats constitue un bien fondamental. Avec la guerre en Ukraine et les menaces de Trump fournissant un prétexte commode, les grands médias canadiens se montrent ravis de célébrer l'énorme expansion militaire de Carney.</p> </div>
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February 3, 2026 at 7:46 PM
Le projet de souveraineté néocoloniale du Parti québécois : une fausse perspective
<p><img alt="" class="spip_logo spip_logo_right" height="375" src="https://www.pressegauche.org/IMG/logo/pspp_a_son_congres.png?1770043282" width="574" /></p> <div class="rss_chapo"> <p>L'indépendance est la condition matérielle d'une rupture avec un État impérialiste qui sacrifie les territoires, l'environnement, les services publics et les droits démocratiques. Il faut redonner à l'indépendance son sens véritable : un outil de libération collective. Elle ne se fera pas en cherchant à amadouer un gouvernement américain autoritaire, qui ne sera jamais un allié de l'émancipation québécoise. Elle implique la sortie des alliances militaires et la construction de solidarités transnationales contre la guerre, l'austérité et l'autoritarisme.</p> </div> <div class="rss_texte"> <p><strong>1. La stratégie à la base de la reconstruction du Parti québécois</strong></p> <p>Le Parti québécois a amorcé sa reconstruction à partir d'un recul historique marqué par l'échec électoral de 2022. Le PQ n'a alors remporté que trois sièges à l'Assemblée nationale du Québec et n'a obtenu que 14,6 % des suffrages exprimés. Cette période de creux de la vague a forcé la direction péquiste à revoir sa stratégie. Cela a signifié la remise en question d'une orientation qui, en marginalisant ou en reportant sine die la tenue d'un référendum, ne visait en fait qu'à faire du PQ un parti se limitant à la gestion d'un gouvernement provincial.</p> <p>Cette orientation, défendue par les différentes directions du PQ depuis la défaite de 1995, avait conduit le parti à recevoir un soutien beaucoup plus faible que la proportion de la population qui se disait souverainiste.</p> <p>Sous la direction de Paul St-Pierre Plamondon, le PQ a choisi de placer l'indépendance comme son objectif stratégique central et a proposé de tenir un référendum dès un premier mandat. Le PQ a arrimé sa perspective indépendantiste à un nationalisme identitaire qui fait de l'immigration le bouc émissaire des maux sociaux du Québec. Il a cherché à concurrencer le gouvernement de la CAQ sur le terrain du nationalisme identitaire et à dénoncer l'incapacité du gouvernement Legault à obtenir des concessions significatives du gouvernement fédéral. Il a facilement pu démontrer que la « troisième voie » de Legault était une faillite et ne débouchait sur aucune réforme du fédéralisme permettant le renforcement de l'autonomie du Québec dans la fédération canadienne.</p> <p>Combinée à l'échec de cette troisième voie, à la poursuite de politiques néolibérales dans les domaines de la santé et de l'éducation et à une politique économique fondée sur la distribution d'argent public aux multinationales — sans parler des nombreux scandales frappant ce gouvernement —, cette situation a conduit à l'effondrement du soutien au gouvernement Legault. C'est en s'appuyant sur les échecs et le discrédit du gouvernement de la CAQ à tous ces niveaux que le PQ a su se reconstruire, en profitant également de la crise de direction du PLQ et de la crise d'orientation de Québec solidaire.</p> <p><strong>2. Intégration directe et disciplinée au bloc américain</strong></p> <p>Historiquement, Jacques Parizeau et Bernard Landry soutenaient le libre-échange avec les États-Unis, car, pour eux, il permettait de désenclaver l'économie québécoise et de réduire sa dépendance historique envers le marché canadien. L'accès direct au marché américain devait permettre au Québec de se passer du cadre économique canadien après l'indépendance et de rassurer les organisations patronales qui soutenaient, à l'encontre des organisations syndicales, ce ralliement au libre-échange.</p> <p>La question se pose maintenant dans un nouveau contexte. Le gouvernement Trump a lancé une guerre commerciale contre ses alliés, Canada compris. Il utilise les tarifs comme un instrument de chantage pour faire pression sur les politiques canadiennes et québécoises et pour favoriser le transfert d'une partie de la production manufacturière vers les États-Unis. Ce gouvernement mène une politique de militarisation à outrance de son économie. Il nie l'existence de la crise climatique et soutient la relance des industries fossiles. Il cherche à opérer une expulsion massive des personnes migrantes n'ayant pas de statut légal aux États-Unis. On assiste à une opération de fascisation de la société américaine et à des attaques systématiques contre les droits de la population.</p> <p>Pourtant, la direction du PQ ne dénonce en aucune façon les dérives autoritaires du gouvernement américain. PSPP va même jusqu'à dénoncer le Canada comme un mauvais voisin des États-Unis, car il tarde à se rendre aux demandes du gouvernement Trump en ce qui concerne les politiques migratoires. Le PQ abandonne toute ambiguïté quant à son insertion dans l'ordre nord-américain et assume une intégration renforcée à cet espace dominé par les États-Unis, faisant de l'indépendance non pas un outil d'émancipation, mais un mécanisme d'adaptation à l'ordre impérial existant.</p> <p>Ce repositionnement s'est cristallisé lors du congrès du Parti québécois, où s'est affirmé un réalignement géopolitique majeur. Le PQ y redéfinit non seulement ses alliances internationales, mais aussi le type de société et de rapports de classe qu'il entend promouvoir. La rupture avec le projet de souveraineté-association est désormais actée : il n'est plus question d'institutions communes négociées ni de rapports égalitaires, mais d'un affaiblissement stratégique de l'État canadien afin de mieux se positionner comme partenaire régional fiable de Washington.</p> <p>Le PQ va jusqu'à s'appuyer sur les forces centrifuges qui minent l'unité canadienne, notamment certains courants séparatistes en Alberta, non pas par solidarité démocratique, mais pour servir une stratégie de recomposition favorable aux intérêts américains. Les intérêts du Québec seraient ainsi alignés sur ceux de l'empire américain.</p> <p>Ce ralliement s'accompagne d'un silence assourdissant sur le processus de fascisation en cours aux États-Unis. Aucune critique de la dérive autoritaire du gouvernement Trump, aucune dénonciation de son bellicisme, de son extractivisme brutal, de sa négation de la crise climatique ou de ses politiques d'expulsion massive. Si l'adhésion à l'OTAN est au programme du PQ depuis la fin des années 1970, elle est désormais revendiquée sans nuance : un Québec indépendant serait un allié discipliné de l'impérialisme américain. Pire encore, le PQ reprend certains éléments du discours idéologique trumpiste, critique les accords commerciaux du Canada avec la Chine au nom des intérêts des entreprises québécoises et cherche une relation de bon-ententisme avec une administration qui vise ouvertement la vassalisation du continent.</p> <p>L'indépendance proposée est ainsi néocoloniale : elle s'inscrit dans une logique d'accommodement avec l'empire américain, au moment même où celui-ci adopte des politiques d'extrême droite.</p> <p><strong>3. Un parti au service du patronat québécois</strong></p> <p>Sur le terrain économique, le PQ confirme son alignement de classe. L'abolition du Fonds de développement économique, combinée à la réduction du fardeau fiscal des PME, s'inscrit dans une logique de sécurisation du capital. S'il critique parfois les subventions massives aux multinationales, ce n'est pas pour remettre en cause le pouvoir du capital, mais pour mieux redistribuer les avantages fiscaux en faveur du patronat québécois.</p> <p>La baisse des impôts, l'allègement des contraintes réglementaires et l'ouverture à l'exploitation des hydrocarbures témoignent d'une écologie d'ajustement qui ne remet nullement en cause l'extractivisme. Il n'y a aucune perspective de décroissance matérielle ni de rupture avec le capitalisme fossile. Les revendications sociales et culturelles mises de l'avant — défense partielle des travailleurs et travailleuses, défense de la langue française, critiques limitées du système scolaire à trois vitesses, appui à la culture québécoise — relèvent davantage du vernis social que d'un projet de transformation émancipateur. Elles ne s'opposent en rien à une inflexion conservatrice profonde.</p> <p><strong>4. La question migratoire : variable d'ajustement économique et identitaire</strong></p> <p>La politique migratoire du PQ s'inscrit pleinement dans cette orientation. La réduction massive des seuils d'immigration, les plafonds stricts imposés aux travailleurs et travailleuses temporaires et aux étudiant·e·s internationaux·ales ne visent pas à lutter contre la surexploitation, mais à réduire l'immigration. Le PQ de PSPP ne manifeste aucune volonté d'élargir les droits des personnes migrantes, ni aucune stratégie sérieuse pour combattre la précarisation structurelle de cette population.</p> <p>Au contraire, ces politiques renforcent les divisions entre travailleurs et travailleuses, alimentent la concurrence par le bas et désignent l'immigration comme une menace pour la nation et la langue française. Le PQ reprend ainsi la rhétorique de la « louisianisation » du Québec, faisant écho aux discours de la CAQ et contribuant à banaliser une vision ethnicisée de la nation et à présenter une partie importante de la population du Québec comme un danger pour celle-ci.</p> <p><strong>5. Une souveraineté de façade ou une indépendance de pacotille</strong></p> <p>La souveraineté péquiste est une indépendance croupion, strictement compatible avec l'ordre impérial existant. Elle ne comporte aucune rupture avec le capital extractif, aucune émancipation populaire, aucune remise en cause du pouvoir des élites économiques et technocratiques. Elle vise avant tout à renforcer la position des capitalistes francophones au sein du marché nord-américain. L'indépendance n'est pas conçue comme une reprise collective du contrôle sur l'économie ou comme un processus ouvrant sur l'élargissement de la démocratie, mais comme une opération de sécurisation du capital visant à faire du Québec un espace encore plus compétitif, fiscalement attrayant et déréglementé.</p> <p>L'indépendance devient un mot vide. La souveraineté économique et culturelle passe à la trappe. La politique étrangère n'est plus qu'une simple déclinaison des rapports de force imposés par Washington.</p> <p><strong>6. La libération nationale doit être liée à un projet de société</strong></p> <p>Soit l'indépendance s'inscrira dans une démarche anti-impérialiste claire, soit elle ne sera qu'une nouvelle forme de dépendance. Faire l'indépendance, c'est rompre avec l'État canadien promoteur du militarisme et du capitalisme fossile, et être capable de remettre en cause l'ensemble de ses institutions. Cette rupture ne pourra advenir sans la construction d'un vaste mouvement populaire, capable de se déployer à l'échelle du Québec comme du reste du Canada, en alliance avec les Premières Nations.</p> <p>L'indépendance est la condition matérielle d'une rupture avec un État impérialiste qui sacrifie les territoires, l'environnement, les services publics et les droits démocratiques. Il faut redonner à l'indépendance son sens véritable : un outil de libération collective. Elle ne se fera pas en cherchant à amadouer un gouvernement américain autoritaire, qui ne sera jamais un allié de l'émancipation québécoise. Elle implique la sortie des alliances militaires et la construction de solidarités transnationales contre la guerre, l'austérité et l'autoritarisme.</p> <p><strong>7. Québec solidaire peut être comme alternative indépendantiste véritable</strong></p> <p>Pour incarner une alternative réelle, Québec solidaire doit assumer pleinement la construction des rapports de force nécessaires à l'indépendance. Cela passe par une implication directe dans les mobilisations syndicales, populaires et écologistes, par l'opposition frontale aux lois liberticides du gouvernement Legault et par la reconstruction de liens durables avec les classes populaires.<br class="autobr" /> QS doit intervenir avec des revendications claires sur le logement, l'inflation, les services publics et le chaos écologique : gel des loyers, construction de 100 000 logements sociaux publics et coopératifs écoénergétiques, gratuité et extension des transports collectifs, investissements massifs en santé et en éducation, fiscalité réellement redistributive, soutien aux régions.</p> <p>Cela implique une politique de frontières ouvertes, l'accueil des personnes réfugiées, la reconnaissance de la plurinationalité et un projet de pays où l'économie sert le bien commun. Nationaliser l'énergie et protéger Hydro-Québec de sa privatisation, nationaliser les mines et les forêts sous contrôle des travailleurs et des communautés, reprendre collectivement le contrôle de nos richesses : voilà les bases d'une indépendance réelle, inclusive et radicale, capable de rompre avec l'ordre impérial nord-américain et de construire un Québec solidaire, démocratique et écologiste.</p> <p>Québec solidaire doit dire ouvertement : nous voulons un pays où l'économie sert le bien commun, où les richesses collectives sont partagées, où les Premiers Peuples participent à une refondation plurinationale du pays, où la transition écologique n'est pas un supplément d'âme mais le cœur du projet national, où la souveraineté énergétique, alimentaire et industrielle libère le Québec de la dépendance envers les multinationales et l'ordre impérial nord-américain. C'est une orientation stratégique indispensable à une indépendance réelle, à une véritable libération nationale. Voilà le sens du combat indépendantiste de Québec solidaire.</p> </div>
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February 3, 2026 at 7:46 PM
Sauvegarder les acquis du logement social
<p><img alt="" class="attachment-post-thumbnail size-post-thumbnail wp-post-image" height="689" src="https://www.cahiersdusocialisme.org/wp-content/uploads/1992-Manif-pour-la-survie-avec-Louise-Harel-et-Gilles-Duceppe.22-avril-1024x689-1.jpg" width="1024" /></p> <p>Peu utilisée jusqu'à récemment au Québec, la notion de logement hors marché est de plus en plus présente dans les discours de certains organismes communautaires et publics du milieu de l'habitation, ainsi que dans ceux de villes comme Montréal, Québec, Longueuil et Laval. Elle tend même à y remplacer l'expression « logement social et communautaire<sup><a href="#post-43996-footnote-2" id="post-43996-footnote-ref-2">[2]</a></sup> » largement utilisée jusque-là. S'agit-il uniquement d'un changement de vocabulaire ? N'assistons-nous pas plutôt à une transformation profonde des approches en habitation, qui occultent à la fois leur mission sociale et le rôle que doivent y jouer les communautés ?</p> <h2>Le tournant du logement abordable</h2> <p>Pour bien comprendre cette transformation, il faut revenir en arrière. En 2001, le gouvernement libéral de Jean Chrétien, qui sept ans plus tôt avait officialisé le retrait complet du fédéral du financement de nouveaux logements sociaux<sup><a href="#post-43996-footnote-3" id="post-43996-footnote-ref-3">[3]</a></sup>, prend le tournant du « logement abordable ». Cette formule, volontairement ambigüe, ouvre la porte à toutes sortes d'utilisations de la part des provinces et des territoires, dont l'octroi de subventions au marché privé. La seule exigence est alors d'offrir, au moins pendant un certain temps, des logements dont le loyer est inférieur à celui du marché. De plus, le niveau de financement accordé par <em>l'Initiative de logement abordable</em>, créée expressément à cette fin, est nettement insuffisant pour générer des loyers réellement accessibles financièrement.</p> <p>Pour utiliser les fonds fédéraux ainsi rendus disponibles, le gouvernement du Québec, alors dirigé par le Parti québécois, échafaude un nouveau programme baptisé <em>Logement abordable Québec </em>(LAQ). Même s'il comprend un volet<s> </s>autorisant des subventions à des promoteurs privés, il est principalement axé sur le financement de logements sociaux et communautaires<sup><a href="#post-43996-footnote-4" id="post-43996-footnote-ref-4">[4]</a></sup>. Il vient, pendant quelques années, s'ajouter à <em>AccèsLogis</em>, créé en 1997 à la suite des pressions exercées par le milieu communautaire et des municipalités comme Montréal. Ensuite, tous les fonds fédéraux passent par ce dernier programme. Budget après budget, jusqu'en 2019, le gouvernement ajoute ses propres investissements à AccèsLogis, sans toutefois annoncer de plan de financement sur cinq ans, alors qu'il l'avait fait à deux reprises dans les premières années du programme.</p> <p>Le Québec garde donc le cap sur le logement social, sous la forme de coopératives et d'OSBL d'habitation. La construction de HLM ne reprendra par contre jamais à la suite du désengagement d'Ottawa, alors qu'entre 35 000 et 40 000 ménages se retrouvent chaque année sur les listes d'attente des offices d'habitation, lesquels gèrent les HLM. Tout au plus, le gouvernement québécois permettra-t-il à ces derniers de présenter des projets de logements publics dans ses programmes. Ils ne sont toutefois pas entièrement destinés à des ménages à faible revenu, contrairement à la situation dans les HLM, où les locataires consacrent au loyer au plus 25 % de leur revenu. C'est pourquoi le FRAPRU et d'autres regroupements de défense collective des droits continuent à réclamer le retour de cette formule.</p> <p>Malgré cette prédominance du logement social au Québec<sup><a href="#post-43996-footnote-5" id="post-43996-footnote-ref-5">[5]</a></sup>, le concept de logement abordable contamine désormais les interventions des gouvernements et des municipalités. Il jette aussi de la confusion dans la couverture médiatique du domaine de l'habitation, le thème « abordable » étant souvent utilisé à tort et à travers, y compris pour qualifier des logements à caractère clairement social. De plus, même dans le milieu communautaire de l'habitation, on tend à l'utiliser pour désigner des logements sociaux dont les locataires ne sont pas admissibles à un supplément au loyer, ce qui conduit à une dilution de la notion même de logement social.</p> <p>L'adoption en 2017 de la Stratégie nationale sur le logement par le gouvernement libéral de Justin Trudeau pousse le bouchon encore plus loin. Les principales initiatives fédérales sont axées sur la construction massive de logements qualifiés d'abordables, ce qui n'empêche pas une bonne partie des réalisations financées sur le marché privé de se louer à des prix exorbitants alors qu'elles sont appuyées par des dizaines de milliards de dollars ($) en subventions et en prêts gouvernementaux. Les faibles exigences d'Ottawa et ses différentes définitions de l'abordabilité encouragent ouvertement cette pratique.</p> <p>L'arrivée au pouvoir à Québec à l'automne 2018 de la Coalition avenir Québec (CAQ) sonne pour sa part le glas d'AccèsLogis qui bat de l'aile depuis quelques années en raison d'un sous-financement chronique et de l'indifférence des gouvernements successifs face aux améliorations demandées par le milieu. Durant les trois premières années de son premier mandat, le gouvernement de François Legault se contente de livrer les logements déjà annoncés antérieurement, refusant d'en ajouter de nouveaux<sup><a href="#post-43996-footnote-6" id="post-43996-footnote-ref-6">[6]</a></sup>, ce qui bloque l'émergence de projets de logements sociaux et communautaires qui auraient pourtant été nécessaires, compte tenu de la détérioration de la situation de l'habitation. Il préfère nier l'existence de la pénurie de logements locatifs qui s'aggrave pourtant année après année depuis 2018.</p> <p>Le ton change à partir de 2022. Legault reconnait enfin l'existence d'une « crise du logement », sans considérer que ce sont les locataires et non le marché privé de l'habitation qui la vivent<sup><a href="#post-43996-footnote-7" id="post-43996-footnote-ref-7">[7]</a></sup> et qui en subissent les autres dimensions : flambée des loyers, montée de pratiques spéculatives entrainant des évictions en nombre record, accroissement de la discrimination et de l'itinérance, etc. Sa nouvelle ministre de l'Habitation, France-Élaine Duranceau, officialise la disparition d'AccèsLogis et son remplacement par le <em>Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ).</em></p> <p>Ce programme ouvre le financement public, destiné auparavant au logement social, au marché privé pour lequel il semble conçu sur mesure. Après Ottawa, c'est au tour de Québec de prendre le virage du logement abordable.</p> <p>Or, le PHAQ est tellement peu fonctionnel qu'il doit rapidement être complété par un appel à d'autres joueurs. C'est ainsi que le gouvernement Legault se tourne dans un premier temps vers des fonds fiscalisés : Fonds de solidarité FTQ, Mouvement Desjardins et Fondaction (CSN) – dans ce dernier cas, pour l'accès à la propriété par la voie coopérative. Par la suite, il instaure de nouveaux partenariats dont un avec la Fondation Luc Maurice, une société philanthropique mise sur pied par celui qui a fait fortune dans les résidences pour ainé·e·s. L'octroi des fonds publics par décrets gouvernementaux, puis la reconnaissance récente du statut de « développeur qualifié<sup><a href="#post-43996-footnote-8" id="post-43996-footnote-ref-8">[8]</a></sup> » visant, selon les termes mêmes de la Société d'habitation du Québec, à « diversifier les interventions de la SHQ, réduire les coûts d'intervention dans le processus de réalisation et réduire les délais de mise en chantier de logements », viennent compléter le tout en 2024.</p> <p>Tout cela explique que beaucoup plus de projets hors programmes soient actuellement en réalisation que de projets financés par l'entremise du PHAQ, et ce, même si Ottawa a injecté 992 millions $ pour l'accélération de la construction de logements et que ces sommes, tout comme celles équivalentes investies par Québec, auraient pu être utilisées à cette dernière fin.</p> <h2>AccèsLogis et le PHAQ</h2> <h3>AccèsLogis</h3> <p>Mis sur pied par le gouvernement du Parti québécois en 1997 afin de financer le développement de coopératives, de logements gérés par des OSBL d'habitation et, plus tard, de logements publics gérés par des offices d'habitation. Destiné aux ménages à revenu faible et modeste, dont une partie est de la classe moyenne inférieure, ainsi qu'à des personnes ayant des besoins particuliers en habitation, il inclut du supplément au loyer pour celles et ceux qui ont le moins de moyens financiers. Le gouvernement caquiste a annoncé sa disparition en février 2023, mais les logements qui étaient alors en développement continuent d'être livrés. AccèsLogis a jusqu'ici permis la réalisation de quelque 41 000 logements sociaux.</p> <h3>Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ)</h3> <p>Créé par le gouvernement caquiste de François Legault dans le but de répondre aux mêmes besoins qu'AccèsLogis, tout en accélérant la réalisation de logements locatifs abordables, il est ouvert aussi bien aux promoteurs du marché privé qu'aux coopératives, OSBL et offices d'habitation. Il est moins complet qu'AccèsLogis puisqu'il ne prévoit pas une proportion minimale de logements dédiés à des ménages à faible revenu. Il n'inclut d'ailleurs pas de suppléments au loyer destinés à cette fin. De plus, il n'accorde pas de subventions de démarrage qui faciliteraient le développement des projets communautaires sans but lucratif. Il mise aussi sur des projets plus gros, ce qui défavorise les projets de coopératives et d'OSBL d'habitation ancrés dans leurs milieux, sans prévoir des balises minimales de participation des locataires comme c'était le cas dans AccèsLogis.</p> <p>Par ailleurs, les promoteurs des projets subventionnés par le PHAQ ne sont plus tenus de maintenir des loyers abordables au bout d'un délai pouvant aller de 10 à 35 ans, fixé en fonction de la subvention accordée. Le programme fonctionne par appels de projets plutôt que par dépôts en continu, comme dans AccèsLogis, sauf pour des projets répondant aux besoins de personnes vulnérables. Le dernier appel de projets remonte à juin 2023. À l'automne 2025, ce programme n'avait jusqu'ici permis la livraison que de 459 logements.</p> <h2>Des impacts sur le mouvement communautaire</h2> <p>Tous ces bouleversements se répercutent sur les dynamiques en cours au sein du mouvement communautaire en habitation. Certaines de ses composantes, principalement le réseau des groupes de ressources techniques (GRT), qui est au cœur du développement de logements coopératifs et sans but lucratif depuis 1977, et plus tardivement de certains logements publics, doivent redoubler d'efforts pour s'adapter à ce nouvel environnement. À l'opposé, de gros OSBL d'habitation, dont certains se présentaient autrefois comme des sociétés acheteuses<sup><a href="#post-43996-footnote-9" id="post-43996-footnote-ref-9">[9]</a></sup>, souhaitent jouer un rôle plus important. En 2022, elles se regroupent au sein d'ACHAT (Alliance des corporations d'habitations abordables du territoire du Québec)<sup><a href="#post-43996-footnote-10" id="post-43996-footnote-ref-10">[10]</a></sup>. Cette organisation se fait la porteuse d'un discours axé sur le « changement d'échelle » et la « professionnalisation » du secteur du logement sans but lucratif.</p> <p>La taille de ces OSBL, la coopération qu'elles ont établie au sein d'ACHAT et leur capacité de recourir à des montages financiers complexes, qui font appel à une diversité de sources, leur permettent de se placer comme des acteurs incontournables, susceptibles de répondre aux exigences gouvernementales d'accélération et de réduction des coûts pour du logement abordable.</p> <p>Coup sur coup, en 2023, trois organismes membres d'ACHAT acquièrent un nombre imposant de logements locatifs, avec l'aide plus ou moins substantielle des fonds fiscalisés et d'autres bailleurs de fonds. SOLIDES achète 363 logements à bas loyer de Drummondville. La corporation Mainbourg prend possession des 720 appartements du Domaine La Rousselière à Pointe-aux-Trembles. Interloge négocie l'achat des 91 logements du Manoir Lafontaine à Montréal, où les locataires ont victorieusement résisté à des rénovictions<sup><a href="#post-43996-footnote-11" id="post-43996-footnote-ref-11">[11]</a></sup>. Pour sa part, UTILE, dont la première livraison de logements étudiants remonte à 2020, affirme pouvoir disposer dans les prochaines années de 13 projets regroupant un total de 2088 appartements dans plusieurs villes du Québec, le tout grâce à de nombreuses sources de financement dont des subventions gouvernementales.</p> <p>Durant la même période, de nombreuses organisations partent en mission en Europe pour s'inspirer d'expériences qui ont cours en Autriche, au Danemark ou en France. Même la mairesse de Montréal, Valérie Plante, invite des organisations à se joindre à la Ville pour examiner de plus près l'exemple de Vienne où le logement sans but lucratif représente autour de 45 % du parc locatif.</p> <p>La perspective d'une plus grande socialisation du parc locatif date de 2006 au FRAPRU qui, dès ce moment, s'est donné comme premier objectif de doubler le nombre de logements sociaux dans un délai raisonnable. La nécessité que le logement social et communautaire représente au moins 20 % du parc locatif fait aujourd'hui consensus parmi les grands regroupements communautaires en habitation<sup><a href="#post-43996-footnote-12" id="post-43996-footnote-ref-12">[12]</a></sup>, contrairement à ce qui s'est alors passé.</p> <p>C'est dans ce contexte que certaines composantes du mouvement apposent l'étiquette « hors marché » pour qualifier ces logements, au détriment des termes utilisés précédemment. Volontairement situé dans la continuité du logement abordable, le logement hors marché se présente comme la seule formule permettant d'assurer cette abordabilité de façon permanente et d'ainsi constituer un patrimoine collectif pour les générations à venir.</p> <p>En 2024, la Ville de Montréal s'appuie sur le travail accompli au sein du Chantier Montréal abordable<sup><a href="#post-43996-footnote-13" id="post-43996-footnote-ref-13">[13]</a></sup> pour se donner un objectif de 20 % de logements hors marché sur l'ensemble du parc de logements d'ici 2050. Cependant, son Plan d'urbanisme et de mobilité (PUM), adopté en juin 2025, prévoit que seulement 75 % des 20 % de logements hors marché de son territoire en 2050 soient du logement social. D'ailleurs, le Plan présente le logement social simplement comme « une forme de logements hors marché<sup><a href="#post-43996-footnote-14" id="post-43996-footnote-ref-14">[14]</a></sup> ». Cela vient clarifier que même si, au départ, les deux termes apparaissent comme des synonymes, ce n'est pas réellement le cas.</p> <p>Le 10 juin 2025, la Ville de Montréal fait un pas de plus, en lançant au coût de 2 millions $, un appel d'offres lui permettant de contribuer à des projets de « changement d'échelle » de certains OBNL, de manière à ce qu'ils soient plus aptes à « développer du logement hors marché, qu'il soit social ou abordable », ce qui passe entre autres par la « mise sur pied de stratégies visant à accélérer la structuration et la professionnalisation de l'organisme<sup><a href="#post-43996-footnote-15" id="post-43996-footnote-ref-15">[15]</a></sup> ». Les quatre organismes retenus sont annoncés à la fin septembre, sans aucune indication sur les contreparties exigées par la Ville quant à l'abordabilité réelle, l'implication des locataires et un nombre de membres suffisant pour agir comme chiens de garde de la mission sociale des logements gérés et développés par les organismes.</p> <h2>Vers la socialisation du parc de logements locatifs</h2> <p>Quoi qu'il en soit, la notion de logements hors marché rejoint au moins en partie l'opposition à la logique du profit et à celle de la spéculation qui sont les propres du marché privé de l'habitation, surtout avec les tendances exacerbées à la marchandisation et à la financiarisation du logement.</p> <p>Ce sont ces tendances dévastatrices pour le droit au logement qui, au cours des dernières années, poussent le FRAPRU à remettre au premier plan sa perspective de socialisation, en réclamant de faire passer, sur une période de 15 ans, de 11 à 20 % la part du logement social sur l'ensemble du parc locatif. L'organisme fait largement campagne à ce sujet, en menant une tournée à travers le Québec et en diffusant une variété de publications, dont la brochure <em>Mettre les bouchées doubles. Faire progresser la part du logement social au Québec </em>(2024)<sup><a href="#post-43996-footnote-16" id="post-43996-footnote-ref-16">[16]</a></sup>.</p> <p>Pour parvenir à son objectif, le FRAPRU met de l'avant une série de demandes, dont celle de nouveaux programmes complets, suffisamment subventionnés et permettant un développement accéléré de coopératives et d'OSBL d'habitation, mais aussi de HLM. L'acquisition de logements locatifs existants fait aussi partie de ses demandes de manière à sortir le maximum de logements du marché spéculatif et d'en préserver l'accessibilité financière. Il appuie aussi la réalisation de logements étudiants sans but lucratif, considérant qu'il s'agit d'un besoin qui a trop longtemps été ignoré par les autorités<sup><a href="#post-43996-footnote-17" id="post-43996-footnote-ref-17">[17]</a></sup>.</p> <p>La volonté du FRAPRU de favoriser une progression accélérée du nombre de logements échappant à la logique du marché privé l'a convaincu de l'importance du rôle joué par les gros OSBL d'habitation et autres développeurs de logements dits hors marché, dont des sociétés publiques comme la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM). Il prend d'ailleurs en compte les logements déjà réalisés par ces acteurs dans son évaluation du nombre de logements sociaux au Québec qui tourne, autour de 170 000, selon des chiffres récents.</p> <p>Le FRAPRU et ses groupes membres n'adhèrent pas pour autant à l'ensemble du discours tenu au nom du développement du logement hors marché. Ils s'opposent d'abord à ce que son financement se fasse au détriment de la mise sur pied et du financement adéquat de programmes de logements réellement sociaux. La crise du logement, c'est d'abord et avant tout l'érosion accélérée de logements pleinement accessibles financièrement aux ménages à faible et modeste revenu. Cette crise entraine toute une série de conséquences dont la plus dommageable est l'exacerbation de l'itinérance visible ou cachée et la multiplication de campements de sans-abri<sup><a href="#post-43996-footnote-18" id="post-43996-footnote-ref-18">[18]</a></sup>. C'est donc vers la réponse à cette crise que doivent en priorité être dirigés les fonds publics de tous les paliers de gouvernement.</p> <p>Le réseau FRAPRU insiste par ailleurs pour que tout le secteur du logement sans but lucratif reprenne les acquis développés au cours des décennies par les diverses formules de logement social quant à la place des ménages à plus faible revenu, à la gouvernance démocratique des ensembles de logements et à la réponse aux besoins exprimés par tous les milieux, y compris les moins populeux. Le FRAPRU craint aussi les répercussions que le recours à une multitude de sources de financement, dont des fonds privés qui exigent un rendement financier, peut avoir sur le prix des logements, sur leur pérennité à l'extérieur du marché privé et sur l'autonomie des groupes.</p> <h2>La place des ménages à plus faible revenu</h2> <p>L'un des acquis majeurs du logement social est la place qu'y ont toujours occupée les ménages à faible et souvent même très faible revenu, y compris dans des formules encourageant une certaine mixité sociale.</p> <p>Les programmes de logement social financés par le passé comprenaient une aide additionnelle au loyer qui permettait aux ménages moins nantis de payer un loyer fixé en fonction de leur revenu, soit 25 % au maximum<sup><a href="#post-43996-footnote-19" id="post-43996-footnote-ref-19">[19]</a></sup>. Ce n'est plus le cas avec les programmes de logement abordable comme le PHAQ (même quand leur octroi passe par un fonds fiscalisé) et les diverses initiatives fédérales. Les projets de logement peuvent chercher à se prévaloir du Programme de supplément au loyer Québec financé par la Société d'habitation du Québec<sup><a href="#post-43996-footnote-20" id="post-43996-footnote-ref-20">[20]</a></sup>, mais ce n'est ni obligatoire ni accordé automatiquement. De plus, ces aides financières ne sont pas réservées au secteur sans but lucratif et peuvent être utilisées par le privé, ce qui est inacceptable sauf dans les cas d'urgence. Il faut donc corriger ces lacunes.</p> <p>Par ailleurs, le secteur hors marché doit viser une abordabilité immédiate des logements construits ou achetés. Il peut être tentant, dans l'objectif d'accroitre plus rapidement le parc de logements non spéculatifs ou encore de faire diminuer les contributions publiques (ce que le gouvernement Legault encourage fortement), de miser sur une « abordabilité à long terme ». Certains organismes sans but lucratif pourraient même opter pour la réalisation de « logements intermédiaires abordables », selon le nouveau concept introduit par le gouvernement de la Coalition avenir Québec<sup><a href="#post-43996-footnote-21" id="post-43996-footnote-ref-21">[21]</a></sup>. Le loyer peut y atteindre « 150 % des loyers maximaux reconnus par la SHQ pour le PHAQ ou le loyer basé sur les coûts réels », comme le permet le Programme de financement en habitation adopté le 19 mars 2025<sup><a href="#post-43996-footnote-22" id="post-43996-footnote-ref-22">[22]</a></sup>.</p> <p>La logique sous-tendant le discours sur « l'abordabilité à long terme » est que, même s'ils sont chers au départ, les loyers se distanceront progressivement de ceux du privé, en raison d'augmentations de loyer moins importantes. Cette hypothèse n'est pas totalement fausse, comme l'ont démontré les expériences antérieures de logement social et communautaire. Le problème, c'est que ce sont des ménages ayant davantage de moyens financiers qui pourront, dans un premier temps, accéder sans trop d'efforts aux logements réalisés et que cet état de fait risque de se prolonger.</p> <p>Des groupes de locataires s'inquiètent de voir des logements qualifiés de hors marché se développer dans leurs milieux, alors que leurs loyers sont beaucoup trop élevés, et qu'ils peuvent avoir un effet d'embourgeoisement, contribuant à la hausse des loyers des logements environnants.</p> <h2>Garantir la gouvernance démocratique</h2> <p>Si la formule coopérative en habitation repose sur l'implication à tous les niveaux des membres locataires, la gouvernance démocratique et la participation des résidents et résidentes aux décisions qui les concernent n'ont pas toujours représenté des acquis dans les autres formules de logement social.</p> <p>Dans les HLM, les relations entre les offices municipaux d'habitation et les locataires ont pendant des décennies été marquées au sceau de l'autoritarisme ou du paternalisme. Les longues et parfois difficiles luttes menées par des associations locales de locataires de HLM et, à partir de 1993, de la Fédération des locataires d'habitations à loyer modique du Québec (FLHLMQ)<sup><a href="#post-43996-footnote-23" id="post-43996-footnote-ref-23">[23]</a></sup>, réussissent toutefois à faire bouger les choses.</p> <p>À l'automne 2002, au moment de l'adoption du projet de loi 49, on peut carrément parler d'une « petite révolution dans les HLM ». La loi<sup><a href="#post-43996-footnote-24" id="post-43996-footnote-ref-24">[24]</a></sup> reconnait les associations de locataires, de même que leur droit de choisir les locataires siégeant sur les conseils d'administration des offices. Une nouvelle structure démocratique, les comités consultatifs de résidents et résidentes (CCR), est également mise en place. Elle est invitée à se prononcer sur une série d'enjeux, dont les règlements d'immeubles et la planification des travaux majeurs de rénovation. Bien sûr, des réticences parfois très fortes existent toujours dans une partie des offices d'habitation, mais elles sont de plus en plus minoritaires. Ces acquis ne s'appliquent cependant pas dans les logements publics gérés par les offices ou par des sociétés paramunicipales comme la Société d'habitation et de développement de Montréal. Ce n'est pas non plus le cas dans le reste du Canada.</p> <p>Les OSBL d'habitation ne sont soumis à aucune obligation légale en ce qui a trait à la participation démocratique des locataires et à leur place sur les conseils d'administration. Des programmes de financement peuvent toutefois exiger une telle participation. C'était le cas d'AccèsLogis qui obligeait « qu'un tiers des administrateurs soit élu par et parmi les locataires des immeubles (ou leur représentant) dont l'OBNL est propriétaire, lors d'une assemblée générale de ses membres convoquée à cette fin<sup><a href="#post-43996-footnote-25" id="post-43996-footnote-ref-25">[25]</a></sup> ».</p> <p>Le Réseau québécois des OSBL d'habitation (RQOH) encourage l'implication des locataires : « Dans tous les cas, une vie associative dynamique, qui favorise la participation des membres, est essentielle au bon fonctionnement de l'organisme<sup><a href="#post-43996-footnote-26" id="post-43996-footnote-ref-26">[26]</a></sup> ». La forme de participation démocratique peut varier : présence aux conseils d'administration, formation de comités de locataires, possibilité pour les locataires d'être membres de l'organisme et de participer à ses assemblées générales.</p> <p>L'enjeu de la gouvernance démocratique se pose de façon encore plus aigüe dans le contexte actuel : programmes de financement ne comprenant aucune exigence à cet égard ; volonté de « changer d'échelle », en favorisant la formation de plus gros organismes.</p> <p>Certains faits récents alimentent les inquiétudes. Dans les premiers mois de 2022, deux conseils d'administration d'OSBL d'habitation, le Faubourg Mena'sen de Sherbrooke et Villa Belle Rivière de Richelieu, ont vendu leurs immeubles à des investisseurs privés, sans aucune forme de consultation des locataires qui ont été mis devant des faits accomplis<sup><a href="#post-43996-footnote-27" id="post-43996-footnote-ref-27">[27]</a></sup>. Les pressions du RQOH et de la Fédération régionale des OSBL d'habitation de la Montérégie et de l'Estrie (FROHME) ont convaincu le gouvernement québécois de légiférer à ce sujet en juin 2022 en modifiant la Partie III de la Loi sur les compagnies. Toute vente ou aliénation d'immeuble « financé publiquement pour sa réalisation » doit dorénavant obtenir l'autorisation du Ministère. La RQOH ou les fédérations d'OSBL ont aussi la possibilité de s'exprimer sur une éventuelle transaction.</p> <p>Malgré ces progrès, la porte n'est pas totalement fermée à des ventes d'immeubles appartenant à des OSBL, encore moins s'ils n'ont pas été financés par le gouvernement. Le statut sans but lucratif n'est donc pas encore protégé suffisamment.</p> <p>Une tendance dangereuse commence par ailleurs à se manifester, soit la formation d'OSBL d'habitation par des intérêts privés. Le quotidien <em>Le Soleil</em> du 22 mars 2025<sup><a href="#post-43996-footnote-28" id="post-43996-footnote-ref-28">[28]</a></sup> en fournit un exemple éloquent en révélant que quatre promoteurs privés, Biophilia, Cloriacité, Immostar et Maître Carré, ont mis sur pied un OSBL dans l'objectif de construire, à l'aide de subventions gouvernementales, 25 000 logements hors marché d'ici 10 ans dans l'ensemble des régions du Québec. En quoi la gestion d'un tel organisme est-elle démocratique et en quoi la place de ses locataires serait-elle différente de celle qui leur est accordée sur le marché privé ?</p> <p>De plus, de nombreux offices d'habitation créent des OSBL affiliés, ce qui a pour effet volontaire ou non d'échapper aux obligations démocratiques qui encadrent désormais la gestion des HLM.</p> <p>Dans un tel contexte, il est impératif de resserrer les règles entourant la participation des locataires dans les instances des OSBL et en particulier des plus gros qui ne se définissent pas comme des organismes d'action communautaire. Voilà un sujet sur lequel tous les organismes sans but lucratif en habitation souhaitant changer d'échelle et se professionnaliser devraient réfléchir impérativement en prenant connaissance des expériences positives que certains ont développées en ce sens.</p> <p>Les différents paliers de gouvernement incluant les villes doivent également faire en sorte que tous leurs programmes de financement quels qu'ils soient (y compris s'ils transitent par des intermédiaires) et plus largement l'octroi d'autres ressources publiques (terrains, prêts, etc.) comprennent des balises claires sur la gouvernance et le contrôle démocratique des organismes dans l'objectif d'assurer le bon fonctionnement et la pérennité du caractère sans but lucratif des logements financés.</p> <p>Par exemple, chaque OSBL devrait disposer d'un membrariat actif, plus large que les membres de son conseil d'administration et ses gestionnaires. Les locataires devraient pouvoir en faire partie si c'est leur volonté, tout comme les organismes d'action communautaire autonome du territoire concerné. De plus, une majorité des sièges du conseil d'administration d'un OSBL devrait être occupée par des locataires ou des représentants et représentantes d'organismes communautaires. Des comités consultatifs de locataires pourraient aussi être mis sur pied, à l'image des CCR dans les HLM.</p> <p>Des modifications devraient également être apportées à la section de la Loi des compagnies touchant les OSBL, ne serait-ce que pour interdire toute possibilité de vente d'immeubles à vocation sans but lucratif à moins que ce ne soit à un autre OSBL ou à un organisme public ou coopératif. Alors que la fin des conventions signées avant 1994<sup><a href="#post-43996-footnote-29" id="post-43996-footnote-ref-29">[29]</a></sup> avec le fédéral va s'accélérer, il faudra aussi faire de même avec les HLM et les autres logements publics gérés par les offices d'habitation. Les expériences de privatisation de logements sociaux vécues en Grande-Bretagne dans les années 1980, puis dans d'autres pays européens comme l'Allemagne, les Pays-Bas et la France<sup><a href="#post-43996-footnote-30" id="post-43996-footnote-ref-30">[30]</a></sup>, et même dans certaines provinces canadiennes, doivent nous convaincre de la nécessité de faire preuve de vigilance, même si, pour le moment, le Québec est très loin de ces réalités.</p> <h2>Répondre aux besoins des communautés</h2> <p>Une autre force du logement social est sa capacité à répondre à des besoins et des volontés du milieu.</p> <p>De nombreux projets de coopératives, d'OSBL et même de HLM ont été réalisés au terme de luttes citoyennes visant à s'opposer à des démolitions massives, à s'assurer que des projets de développement immobilier répondent aux besoins de la population locale, à freiner la spéculation ou l'embourgeoisement, à obtenir la réalisation d'appartements à bas loyer où les locataires ont leur mot à dire sur leurs conditions d'habitation et de vie, etc.<sup><a href="#post-43996-footnote-31" id="post-43996-footnote-ref-31">[31]</a></sup></p> <p>Les maisons de chambres sans but lucratif réalisées à partir de l'Année internationale du logement des sans-abri en 1987 visaient pour leur part à répondre aux inquiétudes et aux demandes exprimées par les organismes intervenant en itinérance. Il en est de même de plusieurs autres projets de logements avec support communautaire développés par la suite en vertu d'AccèsLogis<sup><a href="#post-43996-footnote-32" id="post-43996-footnote-ref-32">[32]</a></sup>.</p> <p>De multiples projets d'OSBL répondant à une variété de besoins ont été réalisés à l'initiative d'organismes communautaires comme des groupes en santé mentale, des associations de personnes en situation de handicap, des centres de femmes, des organismes intervenant en violence conjugale ou auprès de jeunes en difficulté, des regroupements d'ainé·e·s, etc.</p> <p>Grâce à leur présence partout au Québec et aux liens étroits qu'ils ont tissés avec leur communauté, la plupart des groupes de ressources techniques ont aussi réussi à mener des projets à terme dans toutes sortes de milieux, y compris les moins populeux. Ils ont ainsi pu jouer un rôle positif dans des villes et villages en voie de dévitalisation.</p> <p>Comment cette capacité de répondre aux besoins des diverses communautés pourra-t-elle être assurée par des organismes de plus grande taille, à la recherche d'opportunités d'affaires, voulant développer à grande échelle et parfois dans plusieurs régions ? La question reste entière et mérite d'être abordée ouvertement.</p> <h2>De la collaboration, mais aussi des débats</h2> <p>Aussi essentiel soit-il, compte tenu de l'étendue et de la profondeur des problèmes de logement, l'objectif d'atteindre au moins 20 % de logements sociaux représente un défi considérable. Il exigera une vaste mobilisation de tous les acteurs de l'habitation sociale et communautaire, mais aussi d'autres milieux – syndicaux, municipaux, sociaux, économiques, politiques, etc. La population elle-même devra adhérer à une telle vision pour que celle-ci ait des chances de se matérialiser.</p> <p>Cette vision nécessitera des investissements majeurs de la part des différents paliers de gouvernement. Nous savons que ces investissements ne sont pas de simples dépenses et qu'elles généreront des retombées économiques et sociales très significatives<sup><a href="#post-43996-footnote-33" id="post-43996-footnote-ref-33">[33]</a></sup>. Les autorités politiques ne manqueront toutefois pas l'occasion d'en brandir les coûts en affirmant qu'il serait irresponsable d'aller de l'avant avec un objectif aussi ambitieux. Il faudra donc démontrer la faisabilité d'un tel chantier et les moyens de le financer sans renoncer à d'autres investissements eux aussi essentiels et sans augmenter tous les impôts. Un travail colossal a déjà été fait à ce sujet par diverses organisations, notamment par la Coalition Main rouge<sup><a href="#post-43996-footnote-34" id="post-43996-footnote-ref-34">[34]</a></sup>. Elles devront être mises à contribution. Il faut par ailleurs rappeler que de ne pas financer de logement a aussi un coût et qu'il est énorme<sup><a href="#post-43996-footnote-35" id="post-43996-footnote-ref-35">[35]</a></sup>.</p> <p>Il faudra également contraindre les gouvernements à cesser de mettre leurs investissements en habitation à la merci des arbitrages budgétaires annuels pour plutôt annoncer des plans à long terme, ce qu'a tenté de faire la Stratégie nationale sur le logement, mais en misant sur les mauvaises initiatives.</p> <p>L'ampleur du travail à accomplir et des obstacles à surmonter exige une collaboration étroite entre l'ensemble des organisations concernées. Pour être fructueuse, elle ne pourra cependant pas faire l'économie de débats, francs et ouverts, ne serait-ce que pour s'entendre clairement sur les termes utilisés, par exemple sur ce qui est inclus ou non dans les expressions « logement hors marché », « logement sans but lucratif », « logement abordable » ou « logement social ». En ce sens, les préoccupations exposées dans ce texte devront entre autres être abordées, en évitant les consensus de surface et les formules alambiquées pouvant donner lieu à toutes sortes d'interprétations. Nous estimons, pour notre part, que le milieu communautaire en habitation a atteint une maturité suffisante pour y parvenir. D'ici là, le FRAPRU et ses membres continueront à promouvoir la nécessité de doubler le nombre de logements sociaux au Québec d'ici 2040.</p> <p>Par Véronique Laflamme, organisatrice communautaire et porte-parole du FRAPRU et François Saillant, militant communautaire et politique et ex-coordonnateur du FRAPRU</p> <hr /> <ol> <li id="post-43996-footnote-1">François Saillant est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages dont <em>Lutter pour un toit</em>, Montréal, Écosociété, 2018 et <em>Dans la rue. Une histoire du FRAPRU et des luttes pour le logement au Québec</em>, Écosociété, 2024. FRAPRU : Front d'action populaire en réaménagement urbain. <a href="#post-43996-footnote-ref-1">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-2">Cette expression date du tournant des années 2000. Elle répond alors à la volonté des organismes communautaires en habitation se réclamant de l'économie sociale de se distinguer du seul logement social, à tort identifié aux HLM (habitations à loyer modique) et à la seule réponse aux besoins des ménages à plus faible revenu. Longtemps réticents, les organismes de défense collective des droits, comme le FRAPRU, s'habituent à l'expression, tout en continuant pour leur part de ne parler que de logement social en y incluant les logements publics, les coopératives et les OSBL (organismes sans but lucratif) d'habitation, comme cela avait toujours fait consensus avant le retrait du gouvernement fédéral. <a href="#post-43996-footnote-ref-2">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-3">Jusque-là, tous les logements sociaux réalisés au Québec l'étaient majoritairement avec des fonds fédéraux. La décision d'Ottawa de se retirer du financement de nouveaux logements sociaux à partir du 1<sup>er</sup> janvier 1994 a été prise par le gouvernement progressiste-conservateur en avril 1993, mais des élections ayant eu lieu entretemps, c'est au Parti libéral, nouvellement élu, qu'est revenu l'odieux de la mettre en application. <a href="#post-43996-footnote-ref-3">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-4">Le volet social du programme permettra la réalisation de 5271 logements sociaux et communautaires, alors que son volet privé accordera des subventions pour 3180 appartements. <a href="#post-43996-footnote-ref-4">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-5">Ce n'était pas le cas dans toutes les provinces. <a href="#post-43996-footnote-ref-5">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-6">Ce fut le cas de tous les budgets présentés par le ministre des Finances, Éric Girard, à l'exception de celui de 2021-2022 qui annonça le financement de 500 nouveaux logements par AccèsLogis. <a href="#post-43996-footnote-ref-6">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-7">Lire à ce sujet les critiques de David Madden et Peter Marcuse, <em>Défendre le logement. Nos foyers, leurs profits</em>, Montréal, Écosociété, 2024 et Ricardo Tranjan, <em>La classe locataire</em>, Montréal, Québec Amérique, 2025. <a href="#post-43996-footnote-ref-7">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-8">Des conditions sont fixées pour l'obtention du statut de « développeur qualifié » dont une expérience minimale de 10 ans en développement, construction et exploitation de projets immobiliers, de même que la capacité financière de réaliser des projets. À l'automne 2025, sept organismes s'étaient vu accorder ce statut dont deux développeurs privés et des OSBL au statut douteux. Depuis le 7 mai 2025, les « développeurs qualifiés » font l'objet d'un volet spécifique du PHAQ. <a href="#post-43996-footnote-ref-8">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-9">C'est le cas d'Interloge et de la Société d'habitation populaire de l'Est de Montréal (SHAPEM), fondés respectivement en 1978 et 1988. <a href="#post-43996-footnote-ref-9">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-10">Formée au départ de 8 organisations membres, elle en compte maintenant 28 dont des membres associés. <a href="#post-43996-footnote-ref-10">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-11">Voir : Zacharie Goudreault, « Front commun pour protéger les locataires du Manoir Lafontaine », <em>Le Devoir</em>, 23 avril 2021 et Jeanne Corriveau, « Le Manoir Lafontaine mis à l'abri de la spéculation », <em>Le Devoir,</em> 12 juin 2023. Le terme <em>rénoviction</em> fait référence à une pratique selon laquelle un propriétaire évince illégalement une ou un locataire de son immeuble sous prétexte qu'il souhaite faire des rénovations. <a href="#post-43996-footnote-ref-11">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-12">Le consensus à ce sujet est clair lors des journées d'étude organisées par la Fédération des OSBL d'habitation de Montréal (FOHM) en mai 2024 sur le thème <em>Perspectives internationales sur le logement social et communautaire.</em> <a href="#post-43996-footnote-ref-12">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-13">Ville de Montréal, <em>Rapport final. Chantier Montréal abordable. Pour une ville abordable et résiliente</em>, Montréal, 2024. <a href="#post-43996-footnote-ref-13">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-14"><em>Projet de Plan d'urbanisme et de mobilité 2050</em>, Partie 1 – Le cadre de référence, Chapitre 2 – La Stratégie montréalaise, Montréal, 2024, p. 67. <a href="#post-43996-footnote-ref-14">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-15">Ville de Montréal, <em>Montréal investit dans les organismes à but non lucratif d'habitation pour stimuler le développement de logements hors marché</em>, communiqué, 10 juin 2025. <a href="#post-43996-footnote-ref-15">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-16">< <a class="spip_url spip_out auto" href="https://www.frapru.qc.ca/socialisation/&gt;" rel="nofollow external">https://www.frapru.qc.ca/socialisation/></a>. <a href="#post-43996-footnote-ref-16">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-17">Selon le FRAPRU, la construction ou la rénovation de résidences étudiantes relève toutefois de la responsabilité des établissements d'enseignement et donc du ministère de l'Éducation. Elles sont présentement éligibles au PHAQ. <a href="#post-43996-footnote-ref-17">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-18">Malheureusement trop souvent démantelés par les autorités municipales au détriment des droits des personnes itinérantes. <a href="#post-43996-footnote-ref-18">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-19">La seule exception a été le volet social du programme Logement abordable Québec instauré en 2002, mais celui-ci n'a pas duré très longtemps et comprenait un pourcentage de subventions gouvernementales plus élevé qui, en théorie, devaient permettre d'abaisser le coût des loyers. <a href="#post-43996-footnote-ref-19">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-20">Contrairement à ce qui était le cas dans AccèsLogis, le supplément est géré séparément dans le PHAQ. <a href="#post-43996-footnote-ref-20">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-21">Le gouvernement Legault s'est inspiré d'une pratique présente en France. Elle y est qualifiée de logement social intermédiaire ou logement locatif intermédiaire et s'adresse à la classe moyenne. <a href="#post-43996-footnote-ref-21">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-22">Société d'habitation du Québec, <em>Programme de financement en habitation, Cadre normatif 2025-2029, version administrative au 19 mars 2025</em>, p. 2. <a href="#post-43996-footnote-ref-22">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-23">Ces luttes sont souvent appuyées concrètement par des membres du personnel des offices, ainsi que par des organismes communautaires. <a href="#post-43996-footnote-ref-23">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-24">Loi modifiant la Loi sur la Société d'habitation du Québec. <a href="#post-43996-footnote-ref-24">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-25">Société d'habitation du Québec, <em>Guide d'élaboration et de réalisation des projets –</em> <em>Programme AccèsLogis Québec</em>, janvier 2020, p. 3. <a href="#post-43996-footnote-ref-25">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-26">Réseau québécois des OSBL d'habitation, <em>Gestion locative en OSBL d'habitation. Manuel du participant,</em> édition février 2021, p. 65. <a href="#post-43996-footnote-ref-26">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-27">Si ces deux cas ont été largement publicisés, on peut soupçonner qu'ils ne sont pas les seuls. Il est malheureusement extrêmement difficile de savoir ce qui est arrivé de tous les ensembles de logements financés par le gouvernement fédéral avant 1994. Même la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) qui les a subventionnés l'ignore. <a href="#post-43996-footnote-ref-27">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-28">Chloé Pouliot, « Quatre promoteurs aspirent à bâtir 25 000 logements accessibles », <em>Le Soleil</em>, 22 mars 2025. <a href="#post-43996-footnote-ref-28">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-29">Même si le gouvernement fédéral ne finance plus directement de nouveaux logements sociaux, il a dû respecter les ententes de financement à long terme prises avant 1994. Il devait donc continuer à les subventionner, mais aussi à les encadrer, pendant une période pouvant aller jusqu'à 35 ou même 50 ans. Or, ces ententes se terminent presque toutes d'ici la fin de la présente décennie. Dans le cas des HLM, ça signifie que le gouvernement québécois se retrouvera seul à assumer toute la facture d'un parc vieillissant de logements, ce qui pourrait le convaincre de hausser les loyers de leurs locataires ou de se départir d'une partie des ensembles de logements. <a href="#post-43996-footnote-ref-29">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-30">Ces expériences sont très différentes l'une de l'autre. Par exemple, dans la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher en 1980, il s'agissait d'utiliser le « <em>right to buy</em> » pour vendre aux locataires les mieux nanti·e·s des immeubles, ce qui en réduisait l'offre pour les ménages en besoin. En Allemagne, c'est à des investisseurs privés que des logements sociaux ont été cédés en grande quantité. <a href="#post-43996-footnote-ref-30">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-31">François Saillant, <em>Lutter pour un toit. Douze batailles pour le logement au Québec</em>, Montréal, Écosociété, 2018 et François Saillant, <em>Dans la rue. Une histoire du FRAPRU et des luttes pour le logement au Québec</em>, Écosociété, 2024. <a href="#post-43996-footnote-ref-31">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-32">Logemen'occupe, <em>Des logements qui font reculer l'itinérance</em>, 2024. <a href="#post-43996-footnote-ref-32">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-33">En mai 2025, l'Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ) a publié une étude convaincante à ce sujet : <a href="https://agrtq.qc.ca/wp-content/uploads/Etude-de-retombees-des-programmes-de-la-SHQ_v4.pdf"><em>Le logement social et communautaire : un investissement qui rapporte au Québec</em></a>. <a href="#post-43996-footnote-ref-33">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-34">Coalition Main rouge, <em>Pour une société plus juste. Nous avons les moyens de faire autrement</em>, automne 2021. <a href="#post-43996-footnote-ref-34">↑</a></li> <li id="post-43996-footnote-35">Ferdaous Roussafi, <a href="https://observatoiredesinegalites.com/wp-content/uploads/2025/09/La-facture-collective-de-la-crise-du-logement-au-Quebec-Rapport-1-Prosperite-economique-VF.pdf"><em>Manque de logements adéquats : quels coûts pour la prospérité économique ?</em> <em>La facture collective de la crise du logement au Québec</em></a>, Montréal, Observatoire québécois des inégalités, 2025. <a href="#post-43996-footnote-ref-35">↑</a></li> </ol> <p> </p>
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February 3, 2026 at 7:46 PM
Pour une politique militaire ouvrière
<p><img alt="" class="spip_logo spip_logo_right" height="400" src="https://www.pressegauche.org/IMG/logo/politique_militaire.png?1770132058" width="591" /></p> <div class="rss_chapo"> <p>Après quatre années de guerre en Ukraine, une guerre génocidaire contre les Palestiniens, un coup de force contre le Venezuela, et une menace de colonisation du Groenland, il pourrait sembler étonnant que le débat sur la politique militaire rencontre autant de difficultés à se développer à une échelle de masse dans les organisations qui se réclament de l'émancipation des travailleurs.</p> </div> <div class="rss_texte"> <p>25 janvier 2026 | tiré d'Arguments pour la lutte sociale<br class="autobr" /> <a class="spip_url spip_out auto" href="https://aplutsoc.org/2026/01/25/pour-une-politique-militaire-ouvriere-par-lm/" rel="nofollow external">https://aplutsoc.org/2026/01/25/pour-une-politique-militaire-ouvriere-par-lm/</a></p> <p>Après quatre années de guerre en Ukraine, une guerre génocidaire contre les Palestiniens, un coup de force contre le Venezuela, et une menace de colonisation du Groenland, il pourrait sembler étonnant que le débat sur la politique militaire rencontre autant de difficultés à se développer à une échelle de masse dans les organisations qui se réclament de l'émancipation des travailleurs.</p> <p>Pourtant, chaque offensive de l'entente Trump-Poutine contre l'Ukraine et contre l'Europe suscite des réactions et des initiatives. Chaque offensive du gouvernement Netanyahou contre Gaza, la Cisjordanie, le Liban, la Syrie, provoque des appels et des mobilisations. Chaque acte de guerre de Trump contre les peuples des Amériques, d'Europe et d'Afrique, du Groenland au Nigeria via le Venezuela et l'Iran soulève des résistances internationales. Et maintenant chaque offensive aux États-Unis des milices de l'ICE entraîne des formes de résistance auto-organisées de la population.</p> <p>En France, en juin 2022, au salon de l'armement Eurosatory à Villepinte, Macron prétendait inaugurer « l'entrée de la France dans une économie de guerre ». Mais ni cette proclamation tonitruante ni la situation mondiale marquée par les guerres et les coups de force des puissances impérialistes contre les peuples n'ont vu, dans le mouvement ouvrier et démocratique, d'autre réaction que celle d'une certaine résurrection du Mouvement de la paix, d'une résurgence des slogans pacifistes et du retour des colombes au rameau d'olivier du siècle de Picasso.</p> <p>Les seules perspectives offertes aux militants qui ne confondraient pas l'internationalisme avec de pieuses incantations à la Paix (avec la majuscule de l'abstraction allégorique), c'est la saisine de l'ONU, le respect de ses résolutions sur la prévention des conflits, les votes de son conseil de sécurité, le rappel de sa Charte. Tout cela à l'heure où l'impuissance de ces institutions supranationales les a le plus largement discréditées et où le système de veto des impérialismes Étasunien et Russe au Conseil de sécurité devait enterrer définitivement tout espoir d'arrêter, par ce moyen, un génocide ou même de condamner une agression. Cela n'empêche en rien les chefs des organisations démocratiques, dévots des « règles du droit international », de rédiger de creux communiqués pour un sursaut de l'ONU.</p> <p>Indépendamment et parfois antérieurement aux choix stratégiques européens (« Rearm Europe »), à la décision de Macron d'instaurer un « service national volontaire », aux déclarations du chef d'état-major des armées, le général Mandon, sur la perspective pour le pays d'« accepter de perdre ses enfants », quelques essais de mener une réflexion de fond sur une politique militaire populaire de défense ont toutefois émergé. C'est de ces essais dont nous voulons débattre. Il s'agit notamment d'une conférence de l'APRES tenue en juin 2025 et intitulée « l'Europe de la défense, les nouveaux enjeux », d'une initiative du Réseau Bastille de publier <a class="spip_out" href="https://www.reseau-bastille.org/lignes-de-mire-2/" rel="external">Lignes de mire</a>, une revue traitant spécifiquement « des gauches et de la question militaire », des articles publiés par la Tendance Claire « pour une défense populaire » (Voir <a class="spip_out" href="https://tendanceclaire.org/article.php?id=2044" rel="external">ici</a>et <a class="spip_out" href="https://tendanceclaire.org/article.php?id=2010" rel="external">ici)</a>. En commençant par les documents de la CGT publiés dans son mensuel La Vie Ouvrière-Ensemble d'abord au mois de mai 2025 sous le titre « Économie de Guerre » et six mois plus tard dans le même mensuel sous le titre « Défendre la paix ou préparer la guerre »</p> <p><strong>Produire l'armement</strong></p> <p>Commencer par débattre des positions de la CGT sur la question de la guerre ce n'est pas seulement focaliser sur les idées qui influencent le plus largement le mouvement ouvrier organisé, c'est aussi considérer que tous les dispositifs visant l'appropriation des questions militaires par les travailleurs est centrale dans les solutions concrètes qui peuvent être utilisées pour faire face aux menées guerrières des impérialismes. Si l'on se réfère à l'exemple du développement de l'armée ukrainienne après l'invasion russe, la nécessité d'équiper des femmes et des hommes en nombre pour créer de nouvelles unités d'appui et de combat pose d'abord la question de leur équipement individuel et de leur armement. Quelle que soit, dans chaque pays, la solution retenue pour la formation de ces unités en termes de conscription et de réservistes mobilisables, elle n'aura de sens que si l'infrastructure matérielle (véhicules, armement, munitions, logistique) est disponible pour leur formation, puis pour leur éventuel déploiement.</p> <p>C'est précisément de cette infrastructure matérielle dont se préoccupe la CGT dans son dossier sur l'économie de guerre (VO-Ensemble, n°35, mai 2025) se félicitant que, quatre mois après l'invasion russe en Ukraine, les 4500 entreprises de la Base industrielle et technologique de défense (BITD) exhortées par Macron « à produire plus, plus vite et mieux » tournent à plein régime. Dans ce dossier la CGT se situe nettement sur le terrain de la sauvegarde des emplois en listant les entreprises en difficulté qui ont pu conserver leur activité d'armement ou réorienter leur activité vers la défense. Parmi les exemples les plus connus, celui des Fonderies de Bretagne, célèbre pour ses grèves visant à maintenir l'emploi à l'époque où l'entreprise produisait encore des pièces de moteur pour Renault et qui produit aujourd'hui des corps d'obus. Mais ce sont aussi les cas de Valdunes (Nord) fabricant de roues de chemin de fer réorienté vers l'armement, d'Aubert et Duval (Loire) dont l'atelier aciérie fabriquera désormais des fûts de canon Caesar, de MDBA (Cher) où 1300 salariés produisent le missile Aster, de KNDS ex Giat industries (Cher) qui a pour objectif de produire 48 canons Caesar par an contre 12 actuellement, d'Eurenco (Dordogne) qui a évité la délocalisation en Suède de la production de poudre et d'explosifs et doublé ses effectifs depuis 2019 pour doubler sa production de charges modulaires pour obus, etc.</p> <p>A côté de ces reconversions, les grandes entreprises travaillant tout ou partie pour la défense, Airbus, Safran, Thales, Naval Group, Dassault, Nexter… sont invitées par Macron à « produire plus, plus vite et mieux ». Mais souvent comme à Naval Group les recrutements ne sont pas à la hauteur des nouveaux objectifs et les conditions de travail se détériorent et les droits sociaux sont souvent les premières victimes de « l'économie de guerre » telle que la pense le Président.</p> <p>La Commission internationale paix et désarmement de la CGT explique que la centrale syndicale doit composer avec l'ambiguïté que présentent la défense de l'emploi dans les industries et les technologies de la défense et la réorientation de sites industriels vers l'armement, d'une part et les principes pacifistes traditionnels de la Confédération d'autre part. Mais les responsables de la fédération de la métallurgie le concèdent : « Pour les salariés, entre voir fermer la boite ou fabriquer des obus, le choix est vite fait ».</p> <p>Pour la CGT les revendications de défense de l'emploi dans ce secteur se conjuguent avec une orientation stratégique visant à assurer le « contrôle strict de la production et de la commercialisation des armes par le Parlement ». En mettant en avant l'objectif d'empêcher les industriels de l'armement de profiter de la situation pour s'enrichir des financements publics et celui d'une « maîtrise publique des industries de l'armement », la CGT réclame la création d'un « Pôle public national de défense (PPND) ». Les « propositions » de Pôles publics dont la CGT est coutumière, ont pour effet de préserver un « pôle privé » majoritaire et d'éviter la revendication du contrôle ouvrier sur l'ensemble de la production en renvoyant le contrôle de l'activité du seul pôle public aux institutions de la Ve République.</p> <p>Ajoutons que les contours de ce pôle public sont mal définis, mais que les entreprises qui le composent seraient grassement rachetées ou indemnisées, puisque l'expropriation de ceux qui ont bénéficié tous les ans des milliards d'aides publiques, semble être devenue un tabou. De plus les nationalisations de 1982 ont montré aux militants syndicaux qui les ont vécues que le passage de leur entreprise dans le domaine public n'était en rien la garantie que son mode de gestion abandonne les critères du capital. En matière d'armement, la pente naturelle de l'entreprise étatisée sera l'orientation des productions vers le retour rapide sur investissements de l'État, notamment en maintenant ses positions sur les marchés à l'export, sans planification véritable des besoins de la défense des populations et de leur droit à la souveraineté nationale.</p> <p>Si la CGT et son projet de pôles publics (de la finance, de l'armement, etc.) se gardent bien de poser la question de l'articulation entre la nécessaire planification, nationale ou européenne, des productions et le contrôle des salariés sur ces productions, c'est que l'orientation de la CGT sur la production d'armement est fluctuante. Ce qu'elle nomme « un choix cornélien » entre plaidoiries pour le désarmement et « proposition » d'un « Pôle public national de défense » n'est pas tranché.</p> <p>Cela apparaît clairement dans le même mensuel de la CGT, (VO- Ensemble, n°39 de novembre 2025). Dans ce numéro est publié un débat « Défendre la paix ou préparer la guerre » qui veut opposer Guillaume Ancel* et Éric Valade. Respectivement un ancien officier qui promeut une « culture militaire de la population » et un dirigeant cégétiste, membre de la Commission International, paix et désarmement qui milite pour une « culture de la paix ». À la question de : comment concilier lutte pour l'emploi dans les industries d'armement et revendication d'une démilitarisation, le dirigeant de la CGT Éric Valade répond en proposant la reconversion de la production d'armement en production de matériel civil, Safran pourrait fabriquer des moteurs pour l'aviation anti-incendie, Thalès pourrait se consacrer à l'imagerie médicale, le secteur naval pourrait construire des navires pour des missions humanitaires en Méditerranée, etc. On peut en revanche être en accord avec la position de la CGT qui réclame « la signature du traité d'interdiction des armes nucléaires », considérant que cette question « est un marqueur d'humanité ».</p> <p>Guillaume Ancel, même s'il croit que la dissuasion nucléaire correspond à un besoin, exclut d'emblée le nucléaire de la politique de défense, considère qu'il ne s'agit pas d'une arme mais d'un système de destruction massive. Il plaide pour des groupes européens dans les industries de défense, il se réfère au modèle d'Airbus avec des réseaux de sous-traitants. Il se scandalise que Dassault préfère saboter le projet européen d'avion de combat plutôt que de partager son savoir-faire.</p> <p>Effectivement, les meilleurs défenseurs de l'avion de chasse franco-français de Dassault ont été, depuis les années 80, les dirigeants du syndicat CGT de Dassault qui ont longtemps voulu voir dans le Rafale l'emblème de la souveraineté nationale. Mais la réalité de la politique commerciale de Dassault, c'est majoritairement l'exportation. Fin 2024, Dassault Aviation totalisait 507 commandes de Rafale depuis le début du programme, dont 273 à l'export et 234 pour l'armée française.</p> <p>Articuler le contrôle des salariés sur la production d'armement avec une planification d'ensemble qui s'inscrirait dans un cadre européen, est donc de première nécessité pour construire le programme de gouvernements s'appuyant sur les partis de gauche, les organisations syndicales et le mouvement social. Un tel programme serait axé sur les armes de défense : les drones anti-drones et les brouilleurs portatifs directionnels anti-drones, les mitrailleuses et les plateformes mobiles de feu anti-drones, l'armement individuel léger et les protections pare-balles, les masques et les tenues de protection nucléaire-biologique-chimique (NBC), les véhicules de transport légers et véhicules blindés de combat d'infanterie (VBCI). En fait, il s'agit de disposer, comme le note Michel Goya*, « d'une masse de véhicules de tout type ». Il rappelle que les Ukrainiens disposaient en février 2022 de bien plus de véhicules de combat que la France pour un budget de défense dix fois inférieur. Ce programme n'exclura pas les armements traditionnels, navires, avions et hélicoptères, missiles, chars… dont le gouvernement démocratique pour lequel nous combattons, aura besoin de réquisitionner et de trouver en ordre de marche dès son arrivée au pouvoir.</p> <p><strong>Budget de guerre ?</strong></p> <p>En janvier 2026, lorsqu'il présente ses vœux aux armées, trois ans et demi après avoir décrété l'économie de guerre, Macron constate son impuissance. Il fait remarquer que la France a produit en 2025 quelques milliers de drones quand l'Ukraine en produisait 4 millions. Il admoneste les industriels français de l'armement qui « se font sortir du marché » par leurs concurrents européens (polonais, allemands, tchèques…) En réponse les marchands de canons mis en cause se plaignent de l'instabilité politique française, du manque de commandes de l'État, des trimestres perdus faute de loi de finance, des lenteurs administratives de la Direction générale de l'armement, etc. En fait le militarisme de Macron reflète assez précisément la crise du bonapartisme qui voudrait une économie de guerre sans s'attaquer au modèle économique qui a détruit le tissu industriel français, socle fissuré d'une puissance de 11e rang.</p> <p>Sans que cela puisse résoudre cette crise, la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 a prévu d'augmenter le budget des armées de 3 milliards par an jusqu'en 2027, puis de 4 milliards par an jusqu'en 2030, pour parvenir à 67 milliards d'euros. Cela représenterait 14% du budget global des dépenses alors que l'Ukraine qui est véritablement entrée dans une économie de guerre, consacre à son budget militaire 58% de la dépense publique.</p> <p>Un autre élément de comparaison nous est fourni par Michel Goya qui a calculé que « si l'effort de défense de 1989 (2,9% du PIB) avait été maintenu jusqu'à aujourd'hui, le budget des armées serait actuellement de 85 milliards d'euros contre 50 milliards ». Il ajoute qu'« en dessous d'un effort de 3% du PIB il est impossible de maintenir un modèle de force complet alors que le coût des matériels double ou quadruple d'une génération à l'autre. Cela signifie par ailleurs que si le PIB ne croît pas, ou faiblement, il faut aller au-delà de 3% d'effort pour soutenir la modernisation d'un outil de défense moderne complet, ce qui s'avère d'autant plus difficile qu'une faible croissance implique par ailleurs des difficultés budgétaires. C'est fondamentalement la situation dans laquelle la France se trouve. » (Michel Goya, Théorie du combattant, Perrin, octobre 2025).</p> <p><strong>Une fausse alternative</strong></p> <p>Les velléités gouvernementales d'efforts budgétaires portent le label d'une prétendue économie de guerre dont on voit l'inefficacité. Pourtant, toutes les gesticulations présidentielles pour lesquelles les Ukrainiens ont vite inventé le verbe « macroner », soulèvent dans toute la tradition pacifiste des militants chevronnés, des protestations effarouchées ou véhémentes. Des plus réformistes qui déplorent la sidération des opinions publiques, aux plus révolutionnaires qui répètent « Pas un centime, pas une arme, pas une vie, pour la guerre » tous sont d'accord pour considérer que les droits sociaux sont la première victime de la prétendue économie de guerre.</p> <p>Ainsi le dossier de la CGT sur « l'économie de guerre » déjà cité, est sous-titré : « Alerte sur les droits sociaux » et introduit le débat sur la défense par cette observation que le gouvernement « sous couvert d'une menace de la Russie de Vladimir Poutine prépare la France à un nouveau budget austéritaire imposé sous l'effet de la peur ».</p> <p>Dans le premier numéro de Lignes de mire, Hanna Perekhoda* écrit : « La gauche doit rejeter le faux dilemme entre justice sociale et sécurité nationale. La sécurité ne doit pas être financée en réduisant les pensions ou les soins de santé, mais en veillant à ce que les milliardaires et les multinationales contribuent à leur juste part. La gauche doit lutter pour une fiscalité équitable, supprimer les niches fiscales qui permettent aux entreprises d'échapper à l'impôt et sévir contre les paradis fiscaux, y compris la Suisse ».</p> <p>D'autres sources de financement que préconise Hanna Perekhoda c'est de <i>« confisquer les 300 milliards d'euros de fonds russes gelés et à les utiliser pour financer la défense de l'Ukraine et renforcer la sécurité de l'Europe. De cette manière, la Russie serait tenue financièrement responsable de ses crimes de guerre tout en évitant de faire peser des charges supplémentaires sur les citoyens européens. »</i> et <i>« Surtout, la gauche doit agir rapidement pour obtenir la confiscation des biens de l'État russe. Retarder cette décision pour protéger les intérêts de l'élite financière ne fait qu'enhardir les attaquants. »</i></p> <p>En France, une commission d'enquête du Sénat a publié, le 1er juillet 2025, un rapport sur l'utilisation des aides publiques aux grandes entreprises et à leurs sous-traitants. La question du coût (211 milliards pour 2023) et de l'efficacité de plus de 2 300 dispositifs publics pour les entreprises en France fait l'objet de débat.</p> <p>La CGT dénonce assez souvent et à juste titre, les 211 milliards annuels d'aides, de crédits d'impôts, de financements, d'allégement de cotisations sociales, de cadeaux divers que les gouvernements français offrent aux entreprises. Mais elle oublie soudainement que ces milliards pourraient constituer autant de sources de financement de la défense. La ligne pacifiste a ses raisons et cette amnésie n'a pas d'autre cause que le grand écart confédéral entre PPND et désarmement.</p> <p><strong>Créer une garde populaire</strong></p> <p>Ces questions des équipements et donc des budgets, déterminent les formations et les missions qui seront données aux hommes et aux femmes qu'il va s'agir de recruter si l'on veut sortir du modèle de l'armée professionnelle dont le métier est de propulser quelques sections d'infanterie et des forces spéciales dans des opérations extérieures visant à maintenir le domaine colonial de la France ou à accompagner des interventions militaires états-uniennes.</p> <p>Sans équipement, sans armement, toute mobilisation qu'il s'agisse de conscription universelle ou de volontaires, s'oriente nécessairement vers des pratiques sportives de fitness, des déambulations de protection civile, accompagnées de briefings idéologiques.</p> <p>Comme en ce qui concerne l'armement, une position pacifiste datant de la coexistence pacifique obscurcit l'analyse de la CGT en matière de formation militaire populaire. Ses éditorialistes n'hésitent pas à utiliser la mobilisation des jeunes allemands contre la loi de conscription militaire votée au Bundestag, pour jeter les jeunes au-devant des canons sans aucune formation.</p> <p><i>« La jeunesse ne veut pas des tranchées et dénonce les milliards consacrés au surarmement,<br class="autobr" /> tandis que l'éducation et le social sont abandonnés » (la Vie ouvrière-ensemble n°41 janvier 2026). Plus la guerre menace, plus la presse de la CGT s'installe dans un déni qui concentre le refus de la défense, le mythe du surarmement européen et la fausse alternative « des logements, pas des casernes ».</i></p> <p>Guillaume Ancel* lors d'un webinaire organisé par l'APRES en juin 2025, a pointé ce qui serait selon lui « le chaînon manquant » entre la dissuasion nucléaire et la très professionnelle force rapide d'intervention, formes privilégiées de la défense sous la Ve République. Sur les modèles de la garde nationale US ou de la conscription et des périodes de « répétition » suisses, il préconise une garde européenne et ses divisions nationales recrutées sur la base du volontariat. C'est, selon lui, le moyen d'atteindre la taille d'une armée de masse qu'aucun pays ne pourrait financer. Ces volontaires qui seraient formés par des périodes de trois semaines payées par les employeurs, devraient acquérir dans ces entraînements les références communes nécessaires pour agir ensemble, avec des moyens simples, sur des missions de sécurité. Un autre objectif serait de partager une culture militaire afin que les sujets militaires puissent être débattus de manière éclairée par les citoyens.</p> <p>Pour une remontée en puissance des effectifs de l'armée française, Michel Goya table sur l'emploi massif de réservistes. Cette réserve pourrait « passer de 40 000 à 256 000 personnes en y consacrant 0,1% du PIB soit 2,9 milliards d'euros en coût total direct et indirect. » Selon lui, les anciens militaires devraient prioritairement intégrer les forces de réserves et ceux qui n'intégreraient pas la réserve devraient rester mobilisables donc suivis. Les recettes de l'ancien officier pour augmenter les effectifs passent aussi par l'augmentation du nombre des soldats sous contrat et l'allongement de la durée des engagements. En revanche le rétablissement d'un service militaire national lui parait inutile, voire source d'affaiblissement des capacités opérationnelles « tant que le tabou de l'engagement des appelés au-delà des frontières ne sera pas brisé ». Il fait valoir que l'investissement financier, d'encadrement, d'infrastructures pour former des unités qui ne seront jamais utilisées est contre-productif.</p> <p><strong>Former une garde populaire</strong></p> <p>La Tendance Claire* a détaillé dans deux textes Pour une défense populaire des dispositifs de recrutement et de formation en se référant à ce que Trotsky appelait « programme militaire transitoire » : « Aujourd'hui, en France, nous devons adapter cette orientation à la réalité concrète, en nous inscrivant dans les débats sur le SNU et en nous opposant aux pacifistes : nous devons revendiquer, à la place du SNU, un service militaire pour toutes et tous, par une formation militaire initiale, avec droit d'expression et de réunion des conscrit-e-s, et sous le contrôle des enseignant-e-s de l'Éducation nationale et avant tout de leurs syndicats à tous les échelons. En effet, l'école est la seule instance de socialisation globale pour presque toute la jeunesse du pays et permettrait de limiter l'influence idéologique des militaires. On peut comparer ce contrôle avec celui qu'exercent aujourd'hui, en principe, les enseignant-e-s des lycées professionnels sur les stages en entreprise de leurs élèves, devant vérifier leur qualité, s'assurer que les jeunes découvrent un métier, limiter l'exploitation. Quant à la formation militaire continue, nous devons exiger qu'elle ait lieu sous le contrôle des citoyen-ne-s/soldat-e-s eux/elles-mêmes, sous la forme de séquences régulières de formation militaire, avec droit d'expression et de réunion, contrôle et élection des officiers et des militaires professionnels, etc. »</p> <p>Mais après quelques pas en avant, ces dispositifs sont assez vite détachés des missions de formation au combat pour être versées dans la protection civile et l'intervention dans les catastrophes climatiques « dont on sait qu'elles vont être de plus en plus nombreuses et de plus en plus graves. D'ores et déjà, c'est souvent l'armée qui intervient en ce cas (encore récemment à Mayotte ou à la Réunion) : au lieu que ce soit des professionnels, il serait juste que ce soient des citoyen-ne-s en cours de service militaire initial ou de formation militaire continue. »</p> <p>Ce qui permettra aux jeunes recrues, en cas de conflit et faute d'avoir une formation opérationnelle sur l'armement et d'une qualité tactique suffisante au combat, d'être reléguées au rang de chair à drone, justes bonnes à grossir la statistique des prolétaires tombés au champ d'honneur.</p> <p>À l'inverse, nous devons réclamer que chaque période militaire des appelés soit l'objet d'une attention particulière et d'investissements suffisants pour un entraînement utilisant toutes les possibilités technologiques (immersion dans le combat d'infanterie par réalité virtuelle, vision nocturne et réalité augmentée, pilotage de robots, maîtrise des armes légères). Mais aussi, et là le concours d'enseignants et le cadre de l'Éducation nationale ne sont pas remplaçables, des formations en sciences humaines, histoire militaire, histoire de la tactique, science de l'organisation, soins d'urgence…) Les organisations syndicales, particulièrement celles du secteur de l'armement sont indispensables pour contrôler la qualité technique des formations à l'utilisation des armes, comme pour faire évoluer la qualité de leur production en fonction des besoins constatés.</p> <p>À la différence du projet Macronien d'embrigadement des jeunes, la formation militaire que nous revendiquons pour les hommes et les femmes s'étend à partir de 20 ans, par périodes courtes, sur une large part de la vie active. Il ne s'agit plus d'imprimer l'éloge du patriotisme et le réflexe de l'obéissance « dans les cires molles de la jeunesse » comme ambitionnaient de le faire les généraux du colonialisme triomphant. L'heure de la grande muette est passée. Les hommes et les femmes qui voudront se réapproprier les tâches militaires, auront besoin de démocratie à tous les échelons, pour innover, pour contrôler, pour décider collectivement, de manière éclairée, de ce qui constitue les besoins prioritaires de la défense.</p> <p><strong>Si vis pacem…</strong></p> <p>Ces débats prennent immédiatement une dimension vitale pour les Ukrainiens, pour les Iraniens, pour les Palestiniens, pour tous les peuples qui sont contraints de s'engager dans la défense armée de leurs besoins sociaux et de leurs aspirations démocratiques. Sans oublier le peuple américain et ses immigrants contre lesquels Trump a envoyé les bandes armées de l'ICE en précurseurs de la guerre civile. Et aussi pour les peuples qui seront contraints d'affronter militairement les forces avec lesquelles l'axe Trump-Poutine prétendra asservir l'Europe.</p> <p>« Et tout cela ne conduit pas à la guerre mondiale, c'est au contraire la condition nécessaire pour l'éviter, en prenant l'autre voie, celle de la démocratie, de l'écologie, de la révolution. » (APLutSoc 15/01/26, Groenland, Iran, la démocratie passe par les armes)</p> <p>LM, le 19 /01 / 2026</p> <p><strong>Notes*</strong></p> <p>Michel Goya est ancien officier d'infanterie, docteur en histoire et conseiller du chef d'état-major des armées. Il est notamment l'auteur de la Théorie du combattant (Perrin, 2025) et du blog « la voie de l'épée »</p> <p>Guillaume Ancel est un ancien officier, chroniqueur et auteur de Petites leçons sur la guerre. Comment défendre la paix sans avoir peur de se battre, Autrement, 2025,</p> <p>Hanna Perekhoda est historienne et chercheuse à l'Université de Lausanne – Institut d'études politiques et Centre d'histoire internationale et d'études politiques de la mondialisation, elle est militante de Sotsialnyi Rukh ( mouvement social, Ukraine)</p> <p>Tendance Claire (TC) Tendance du NPA jusqu'en 2022, appartient désormais à l'espace politique de La France Insoumise (LFI)</p> </div>
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February 3, 2026 at 7:46 PM
Rassemblement : À bas les attaques racistes contre les migrant·es : Un Statut permanent pour tous·tes !
<p><img alt="" class="spip_logo spip_logo_right" height="416" src="https://www.pressegauche.org/IMG/logo/capture_d_e_cran_le_2026-02-02_a_16.22_52-2.png?1770125826" width="737" /></p> <div class="rss_chapo"> <p>Nous, sans-papiers au Québec, et nos allié·es, appelons à lutter en solidarité avec tous·tes les migrant·es et à exiger un programme de régularisation massif, inclusif et continu qui accorde un statut permanent à toutes les personnes sans-papiers et à statut précaire : Statut pour tous et toutes !</p> </div> <div class="rss_texte"> <p>L'actualité au Québec, au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde ne cesse de nous rappeler les attaques violentes des gouvernements contre les personnes migrantes, contre leur dignité et leur liberté d'exister et de circuler.</p> <p>Au Canada, en 2025, 22 100 personnes ont été déportées ; ce chiffre n'inclut pas celles qui ont dû partir, faute de pouvoir renouveler leur statut temporaire. Aussi en 2025, 32 800 sont restées suite au refus de leur demande d'asile et sont devenues sans-papiers. Des dizaines de milliers de personnes qui ont perdu leur statut temporaire ont également fait ce choix, faute de pouvoir obtenir un statut permanent ou renouveler leur visa.</p> <p>Alors qu'à Davos, Carney a tenté de faire croire au monde entier que le Canada était un rempart contre l'impérialisme et l'intimidation de Trump, lui-même et son gouvernement ont mis en place des mesures anti-migrantes et renforcé l'Entente sur les tiers pays sûrs qui va très bientôt empêcher toute personne venue des Etats-Unis de demander l'asile au Canada. Face à la violence érigée en spectacle qui s'abat sur les migrant·es et les personnes 2LGBTQ+ aux États-Unis, le message est clair : le Canada préfère fermer ses portes à celles et ceux qui viendraient y chercher refuge et les abandonner à leur sort.</p> <p>Pendant ce temps-là, les demandes humanitaires, l'une des seules façons pour les personnes sans-papiers d'obtenir un statut au Canada, constituent une impasse avec un temps d'attente dans le traitement des dossiers pouvant aller jusqu'à 50 ans. De nombreuses provinces, dont le Québec, ont suspendu les possibilités d'accéder à la résidence permanente pour les travailleur·euses temporaires et les étudiant·es, contribuant à l'augmentation du nombre de sans-papiers pour celles et ceux qui n'auraient pas la possibilité de partir. Le projet de loi C-12 limitera encore plus le droit d'asile, et l'accès aux services de santé pour les demandeur·euses d'asile est remis en cause. Cette avalanche de mesures racistes montre que, dorénavant, les migrant·es ne sont pas les bienvenu·es, quel que soit leur statut, et que les plus précaires d'entre nous sont condamné·es à vivre dans la peur et l'oubli. Le Canada doit revenir sur ces lois mortifères et retourner à son projet de régularisation. En annonçant un programme de régularisation de 500 000 sans papiers, l'Espagne montre que d'autres choix politiques sont possibles.</p> <p>Luttons pour mettre fin à cette politique globale et systémique de mort et de déportation. Nous, sans-papiers, revendiquons notre liberté de circuler, de rester et de retourner, et notre droit à vivre dans la dignité.</p> <p>Nous demandons à toutes les personnes qui ont un statut de s'opposer aux mesures et la rhétorique anti-migrante de leurs gouvernements. Nous demandons à tous·tes nos allié·es de rejoindre notre lutte. Comme le montre l'exemple de Minneapolis, c'est en faisant front, en tant que communauté, que l'on peut résister au fascisme. Ne nous laissons pas diviser par les fausses catégories de bon et mauvais migrant·es que les gouvernements nous imposent. Ensemble et solidaires, nous sommes fort·es et fièr·es, et nous ne les laisserons plus nous terroriser.</p> <p>Avec la diversité de nos statuts et de nos situations, unissons-nous, en tant que personnes migrantes et alliées confrontées à l'apartheid mondial et au système brutal des frontières, pour exiger un programme continu et inclusif de régularisation complète pour tous·tes les migrant·es sans statut et en situation précaire, ainsi que la fin de l'Entente sur les tiers pays sûrs.</p> <p>STATUT POUR TOUS·TES !</p> <p>Solidarité Sans Frontières</p> <p>[email protected]</p> <p><a class="spip_url spip_out auto" href="https://www.solidaritesansfrontieres.org" rel="nofollow external">https://www.solidaritesansfrontieres.org</a></p> </div>
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February 3, 2026 at 7:46 PM
La bulle de l'IA et l'économie étatsunienne
<p><img alt="" class="spip_logo spip_logo_right" height="750" src="https://www.pressegauche.org/IMG/logo/ai_bulle.png?1770127615" width="1125" /></p> <div class="rss_chapo"> <p>Selon l'économiste Michael Roberts, la bulle de l'IA masque l'état désastreux de l'économie américaine… en attendant l'inévitable crise qui découlera de son éclatement.</p> </div> <div class="rss_texte"> <p>27 janvier 2026 | tiré de Contretemps.eu<br class="autobr" /> <a class="spip_url spip_out auto" href="https://www.contretemps.eu/bulle-ia-economie-etats-unis-trump-capitalisme/" rel="nofollow external">https://www.contretemps.eu/bulle-ia-economie-etats-unis-trump-capitalisme/</a></p> <p>Le marché boursier étatsunien continue d'atteindre de nouveaux records ; le prix du bitcoin est également quasiment à son plus haut et celui de l'or a atteint des sommets historiques.</p> <div class="spip_document_54700 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="342" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH342/eae211bf0cb65624-4d41dacc-4a18b.png?1770127670" width="500" /> </figure> </div><h2 class="spip">Des investissements démesurés</h2> <p>Les investisseurs dans les actifs financiers (banques, compagnies d'assurances, fonds de pension, fonds spéculatifs, etc.) sont extrêmement optimistes et confiants en ce qui concerne le marché financier. Comme l'a déclaré Ruchir Sharma, président de Rockefeller International :</p> <blockquote class="spip"> <p> « Malgré les menaces croissantes qui pèsent sur l'économie étatsunienne – des droits de douane élevés à l'effondrement de l'immigration, en passant par l'érosion des institutions, l'augmentation de la dette et l'inflation persistante –, les grandes entreprises et les investisseurs semblent imperturbables. Ils sont de plus en plus convaincus que l'intelligence artificielle est une force si puissante qu'elle peut relever tous les défis ».</p> </blockquote> <p>Jusqu'en 2025, les entreprises travaillant sur l'IA ont généré à elles seules 80 % des gains boursiers américains. Cela a contribué et contribue encore à financer et à stimuler la croissance étatsunienne, car le marché boursier axé sur l'IA attire des capitaux du monde entier.</p> <p><i>Pour aller plus loin<br class="autobr" /> <a class="spip_out" href="https://www.contretemps.eu/deepseek-ia-souverainete-numerique/" rel="external">L'irruption de DeepSeek, ou la nécessité de repenser la souveraineté numérique</a></i></p> <p>Au deuxième trimestre 2025, les investisseurs étrangers ont injecté 290 milliards de dollars dans les actions étatsuniennes, un record. Ils détiennent désormais environ 30 % du marché étatsunien, une part d'une importance inédite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comme le fait remarquer M. Sharma, les États-Unis sont devenus le meilleur pari, <i>« la meilleure mise pour ce qui concerne l'IA ».</i></p> <div class="spip_document_54701 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="292" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH292/7b0a136975b63e47-c16b76a1-9b782.png?1770127670" width="500" /> </figure> </div> <p>La « bulle » des investissements dans l'IA (mesurée grâce au rapport entre le cours des actions et la « valeur comptable » des entreprises) est 17 fois plus importante que celle de la bulle internet en 2000, ou encore que celle des subprimes en 2007. Le ratio entre la valeur du marché boursier étatsunien et le PIB du pays (l'« indicateur Buffett ») a atteint un nouveau record de 217 %, soit plus de 2 écarts-types au-dessus de la tendance à long terme.</p> <p>Et ce ne sont pas seulement les actions des entreprises qui sont en plein essor. Il y a une forte demande pour acheter de la dette des entreprises étatsuniennes, en particulier des grandes entreprises technologiques et d'intelligence artificielle, les Magnificent Seven. L'écart entre les taux d'intérêt versés sur les obligations d'entreprise et ceux des obligations d'État, considérées comme sûres, est tombé à moins de 1 %.</p> <div class="spip_document_54702 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="406" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH406/dc63679ad219e1cf-c92aa9e8-cd84a.png?1770127670" width="500" /> </figure> </div><h2 class="spip">Des dépenses colossales et des gains de productivité très incertains</h2> <p>Ces paris sur l'avenir de l'IA s'étendent à tous les secteurs. En d'autres termes, les États-Unis ont mis tous leurs œufs dans le même panier. Les investisseurs parient que l'IA finira par générer d'énormes rendements sur leurs achats d'actions et leurs titres de créance, lorsque la productivité du travail augmentera de manière spectaculaire et, avec elle, la rentabilité des entreprises spécialisées dans l'intelligence artificielle. Matt Eagan, gestionnaire de portefeuille chez Loomis Sayles, a déclaré que les prix exorbitants des actifs suggéraient que les investisseurs misaient sur « des gains de productivité sans précédent »grâce à l'IA. « C'est le truc qui pourrait mal tourner ».</p> <p>Jusqu'à présent, rien n'a encore indiqué que les investissements dans l'IA permettaient d'accélérer la productivité. Ironiquement, en attendant, les investissements colossaux dans les centres de données et les infrastructures d'IA soutiennent l'économie étatsunienne. Près de 40 % de la croissance du PIB réel étatsunien au dernier trimestre provient des dépenses d'investissement technologique – majoritairement liées à l'IA. Depuis 2022, la valeur de ces infrastructures a augmenté de 400 milliards de dollars.</p> <div class="spip_document_54703 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="395" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH395/d7087c5bf4433a19-be06f9bc-8984c.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div> <p>Une part importante de ces dépenses a été dédiée aux équipements de traitement de l'information, qui ont connu une hausse de 39 % en valeur annualisée au cours du premier semestre de 2025. Jason Furman, économiste à Harvard, a fait remarquer que ces dépenses ne représentaient que 4 % du PIB étatsunien. Paradoxalement, Furman raconte qu'elles étaient à l'origine de 92 % de la croissance du PIB étatsunien au premier semestre de 2025. Si l'on exclut ces catégories, l'économie étatsunienne n'a progressé que de 0,1 % en rythme annuel au premier semestre de 2025.</p> <div class="spip_document_54704 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <a class="spip_doc_lien mediabox" href="https://www.pressegauche.org/IMG/png/amr_inf_investissements_et_pib_5.png?54704/56d210518b4d2536b26230ca611e65b65888efd0a86a7793791d730f795ba4b4" type="image/png"> <img alt="" height="198" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH198/56d210518b4d2536-723843e2-fa270.png?1770127671" width="500" /></a> </figure> </div> <p>Ainsi donc, sans ces dépenses technologiques, les États-Unis auraient été en récession économique, ou presque.</p> <div class="spip_document_54705 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="415" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH415/1c199368e8fae04d-a62335aa-9101c.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div><h2 class="spip">La stagnation économique</h2> <p>Cela montre l'autre facette de la situation étatsunienne, à savoir la stagnation du reste de l'économie du pays. Le secteur manufacturier étatsunien est en récession depuis plus de deux ans (c'est-à-dire tous les scores inférieurs à 50 dans le graphique ci-dessous).</p> <div class="spip_document_54706 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="311" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH311/894ad445efa3d086-de03024f-f8503.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div> <p>Plus largement, aujourd'hui, certains signes indiquent que le secteur des services est également en difficulté. L'indice IMS Services PMI 1 est tombé à 50 en septembre 2025, contre 52 en août. Ce point est bien en dessous des prévisions de 51,7, ce qui indique que le secteur des services est au point mort.</p> <div class="spip_document_54707 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="283" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH283/5d5f32a2cdb0c783-95f55d2c-009d6.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div> <p>Le marché du travail étatsunien semble également fragile. Selon les données officielles, l'emploi n'a progressé que de 0,5 % en taux annualisé au cours des trois mois précédant juillet. Ce chiffre est bien inférieur aux taux observés en 2024. « Nous sommes dans une économie où les embauches et les licenciements sont rares », a déclaré le mois dernier Jay Powell, président de la Réserve fédérale étatsunienne.</p> <div class="spip_document_54708 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="390" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH390/6ea22925c6147d55-10f564ae-03dea.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div> <p>Les jeunes travailleur·ses étatsunien·nes sont touché·es de manière disproportionnée par le ralentissement économique actuel. Le taux de chômage des jeunes aux États-Unis est passé de 6,6 % à 10,5 % depuis avril 2023. La croissance des salaires des jeunes travailleur·ses a fortement ralenti. Les offres d'emploi pour les nouvelles personnes arrivant sur le marché du travail ont chuté de plus de 30 %. Les travailleur·ses en début de carrière dans les professions exposées à l'IA ont connu une baisse relative de 13 % de l'emploi. Les seul·es Étatsunien·nes qui dépensent beaucoup d'argent sont les 20 % les plus riches. Ces ménages s'en sortent bien, et ceux qui se situent dans les 3,3 % les plus riches s'en sortent encore mieux. Les autres se serrent la ceinture et ne dépensent plus.</p> <div class="spip_document_54710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="295" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH295/d360b82bc48b83fc-75a4daef-b2e3f.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div> <p>Les ventes au détail (après suppression de l'inflation des prix) sont restées stables pendant plus de quatre ans.</p> <div class="spip_document_54712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="350" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH350/799c24d7010da611-b9e7f08d-f1d45.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div> <p>Le graphique ci-dessus montre que l'inflation a érodé le pouvoir d'achat de la plupart des Étatsunien·nes. Le taux d'inflation moyen reste bloqué à environ 3 % par an selon les chiffres officiels, bien au-dessus de l'objectif de 2 % par an fixé par la Réserve fédérale. Et ce taux moyen masque en grande partie l'impact réel sur le niveau de vie et les augmentations des salaires réels. Les prix des denrées alimentaires et de l'énergie augmentent beaucoup plus rapidement que prévu. L'électricité coûte aujourd'hui 40 % plus cher qu'il y a cinq ans.</p> <div class="spip_document_54713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="428" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH428/0453a7424dd4ea3c-aa95e66c-83ec9.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div> <p>Les prix de l'électricité sont encore plus poussés à la hausse par les centres de données de l'IA. OpenAI consomme autant d'électricité que New York et San Diego réunies, au plus fort de la vague de chaleur intense de 2024, ou encore autant que la demande totale en électricité de la Suisse et du Portugal réunis. Cela représente la consommation électrique d'environ 20 millions de personnes. Google a récemment annulé un projet de centre de données d'un milliard de dollars dans l'Indiana après que les habitant·es ont protesté contre le fait que ce centre de données « ferait grimper les prix de l'électricité » et « absorberait des quantités incalculables d'eau dans une région déjà touchée par la sécheresse ».</p> <h2 class="spip">Qui absorbera les droits de douane ?</h2> <p>À cela s'ajoute l'impact des droits de douane imposés par Trump sur les importations de marchandises aux États-Unis. Malgré les démentis de l'administration, les prix à l'importation augmentent et commencent à se répercuter sur les prix des marchandises aux États-Unis (et pas seulement dans les domaines de l'énergie et de l'alimentation).</p> <div class="spip_document_54714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="367" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH367/55b07cc3e96a5be5-b95593bd-c49a8.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div> <p>Jusqu'à présent, les entreprises étrangères, dans leur ensemble, n'absorbent pas les coûts des droits de douane. Lors de la guerre commerciale de 2018, les prix à l'importation ont été principalement réduits par les entreprises étrangères. Cette fois-ci, les prix à l'importation n'ont pas baissé. Ce sont plutôt les importateurs étatsuniens que les exportateurs étrangers qui paient les droits de douane, et les consommateurs risquent d'en subir les conséquences à l'avenir. Comme l'a déclaré le président de la Fed, <i>« les droits de douane sont principalement payés à l'importation et non plus à l'exportation, et les consommateur·rices… Toutes ces entreprises et entités intermédiaires vous diront qu'elles ont bien l'intention de répercuter ces coûts [sur le consommateur] en temps voulu ».</i></p> <p>Les importateurs, les grossistes et les détaillants paient des coûts plus élevés dès le départ et espèrent pouvoir, à terme, augmenter suffisamment leurs prix pour répercuter la charge. Le problème est que les consommateur·rices sont déjà à bout. Les budgets des ménages sont sous pression en raison de l'augmentation de la dette, des impayés et des salaires qui ne suffisent pas. Tenter de répercuter les coûts des droits de douane dans ce contexte ne ferait que réduire encore davantage la demande.</p> <p>Les entreprises le savent, c'est pourquoi beaucoup d'entre elles absorbent plutôt les coûts. Mais lorsqu'elles le font, leurs marges diminuent et il devient plus difficile de maintenir leurs activités sans procéder à des coupes ailleurs. Lorsque la rentabilité est mise sous pression, la direction de l'entreprise a peu d'options. Elle ne peut pas contrôler les droits de douane et ne peut pas forcer les consommateurs à dépenser davantage. Ce qu'elle peut contrôler, ce sont les dépenses. Cela commence par un ralentissement des embauches et une réduction des plans de croissance, puis par une réduction des heures de travail et des heures supplémentaires. Si les droits de douane restent en vigueur et que la consommation reste faible, les répercussions se propagent davantage sur le marché du travail.</p> <p>Viennent ensuite les dépenses publiques. La fermeture [lors du shutdown] des services gouvernementaux imposée par le Congrès a donné à l'administration Trump une nouvelle occasion de réduire les effectifs de l'administration fédérale dans une vaine tentative de réduire le déficit budgétaire et la dette publique croissante. Cette tentative est vaine, car l'affirmation de Trump selon laquelle l'augmentation des recettes douanières fera l'affaire n'est pas crédible. Depuis janvier 2025, les recettes douanières ne représentent encore que 2,4 % des recettes fédérales totales prévues pour l'exercice 2025, qui s'élèvent à 5 200 milliards de dollars.</p> <p>Quant à l'affirmation selon laquelle les droits de douane finiraient par résoudre le déficit commercial des États-Unis avec le reste du monde, elle s'est également révélée absurde jusqu'à présent. Au cours des sept premiers mois de 2024, le déficit s'élevait à 500 milliards de dollars ; au cours des sept premiers mois de 2025, il atteignait 654 milliards de dollars, soit une hausse de 31 % en glissement annuel, un niveau record.</p> <div class="spip_document_54715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="384" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH384/c07960673e792bf4-2bce957f-9f8e6.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div> <p>Contrairement à ce qu'affirme Trump, les hausses tarifaires sur les importations ne contribueront guère à « rendre sa grandeur à l'Amérique » (Make America Great Again) dans le secteur manufacturier. Robert Lawrence, de la Kennedy School de Harvard, estime que « la réduction du déficit commercial n'augmenterait que très peu la part de l'emploi manufacturier aux États-Unis ». La valeur ajoutée nette correspondant au déficit commercial de produits manufacturés en 2024 représentait 21,5 % de la production étatsunienne. Ce serait donc l'augmentation de la valeur étatsunienne si le déficit commercial était éliminé.</p> <p>Combien d'emplois cela créerait-il ? Cela représenterait 2,8 millions d'emplois, soit une augmentation de seulement 1,7 point de pourcentage de la part du secteur manufacturier dans l'emploi étatsunien, pour atteindre 9,7 % de l'emploi total. Mais la part des ouvrier·es de production dans l'industrie manufacturière étatsunienne n'est en réalité que de 4,7 %, les 5 points de pourcentage restants étant constitués de cadres, de comptables, d'ingénieur·ses, de chauffeur·ses, de commerciaux·ales, etc. L'augmentation de l'emploi des ouvriers de production ne serait que de 1,3 million, soit seulement 0,9 % de l'emploi étatsunien.</p> <p>L'économie étatsunienne n'est pas encore à genoux et en récession, car les investissements des entreprises continuent d'augmenter, même si leur croissance ralentit.</p> <div class="spip_document_54716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="321" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH321/73e6cff7e8807773-147d8e21-24d74.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div><h2 class="spip">L'épuisement du modèle</h2> <p>Les bénéfices des entreprises continuent d'augmenter. Le résultat d'exploitation des sociétés du S&amp;P 500 (hors secteur financier) 2 a progressé de 9 % au cours du dernier trimestre, par rapport à l'année précédente. Leur chiffre d'affaires a augmenté de 7 % (avant inflation). Mais cela ne concerne que les grandes entreprises, tirées par les Magnificent Seven. Dans l'ensemble, le secteur des entreprises non financières étatsuniennes commence à voir la croissance de ses bénéfices s'estomper.</p> <div class="spip_document_54717 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="332" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH332/b1c340078c2b1c3c-9abe45aa-37f6c.png?1770127671" width="500" /> </figure> </div> <p>Et la Fed devrait encore réduire son taux directeur au cours des six prochains mois, ce qui réduira le coût d'emprunt pour ceux qui souhaitent spéculer sur ces actifs financiers fictifs. La récession n'est donc pas encore là. Mais tout dépend de plus en plus de la capacité du boom de l'IA à générer de la productivité et de la rentabilité. Si les retours sur les investissements massifs dans l'IA s'avèrent faibles, cela pourrait entraîner une sérieuse correction boursière.</p> <div class="spip_document_54718 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <a class="spip_doc_lien mediabox" href="https://www.pressegauche.org/IMG/png/amr_les_entreprises_liees_a_lia.png?54718/e8467842e3e826e5ac2a0070f13851515c06315cdc54723d6325721d31187f44" type="image/png"> <img alt="" height="273" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH273/e8467842e3e826e5-a1105383-1b0ca.png?1770127671" width="500" /></a> </figure> </div> <p>Il est vrai que les grandes entreprises technologiques ont principalement financé leurs investissements dans l'IA à partir de leurs flux de trésorerie disponibles. Mais les énormes réserves de trésorerie des Magnificent Seven s'épuisent et les entreprises spécialisées dans l'IA se tournent de plus en plus vers l'émission d'actions et de titres de créance.</p> <p>Les entreprises de l'IA signent désormais des contrats entre elles afin d'augmenter leurs revenus. Il s'agit en quelque sorte d'un jeu de chaises musicales financières. OpenAI a signé cette année des contrats d'une valeur totale d'environ 1 000 milliards de dollars pour acquérir la puissance de calcul nécessaire au fonctionnement de ses modèles d'intelligence artificielle. Des engagements qui dépassent largement ses revenus. OpenAI dépense sans compter pour ses infrastructures, ses puces électroniques et ses talents, sans disposer des capitaux nécessaires pour financer ces projets ambitieux. Afin de financer son expansion, OpenAI a donc levé d'énormes montants en fonds propres et a commencé à se tourner vers les marchés obligataires. Elle a obtenu 4 milliards de dollars de dette bancaire l'année dernière et a levé environ 47 milliards de dollars auprès de fonds de capital-risque au cours des 12 derniers mois, même si une part importante de cette somme dépend de Microsoft, son principal bailleur de fonds. L'agence de notation Moody's a signalé qu'une grande partie des ventes futures de centres de données d'Oracle dépendait d'OpenAI et de sa rentabilité encore incertaine.</p> <p>Beaucoup dépend désormais de la capacité d'OpenAI à augmenter suffisamment ses revenus pour commencer à couvrir la hausse exponentielle des coûts. Les économistes de Goldman Sachs affirment que l'IA stimule déjà l'économie étatsunienne d'environ 160 milliards de dollars, soit 0,7 % du PIB étatsunien au cours des quatre années depuis 2022, ce qui se traduit par une croissance annualisée d'environ 0,3 point de pourcentage. Mais il s'agit davantage d'une astuce statistique que d'une réelle croissance de la productivité grâce à l'IA jusqu'à présent, et le secteur de l'IA ne bénéficie que d'une faible augmentation de ses revenus.</p> <p>En effet, les retours sur investissement liés au développement de l'IA pourraient être en baisse. Le lancement de ChatGPT-3 a coûté 50 millions de dollars, celui de ChatGPT-4 500 millions de dollars, tandis que le dernier ChatGPT-5 a coûté 5 milliards de dollars et, selon la plupart des utilisateur·rices, n'était pas nettement meilleur que la version précédente. Parallèlement, des concurrents beaucoup moins chers, tels que Deepseek, en Chine, sapent les revenus potentiels.</p> <p>Une crise financière est donc à prévoir. Mais lorsque les bulles financières éclatent, les nouvelles technologies ne disparaissent pas pour autant. Elles peuvent au contraire être acquises à bas prix par de nouveaux acteurs, dans le cadre de ce que l'économiste autrichien Joseph Schumpeter appelait la « destruction créatrice ». C'est d'ailleurs exactement l'argument avancé par les lauréats du prix Nobel d'économie de cette année, Philippe Aghion et Peter Howitt. Les périodes d'expansion et de récession sont inévitables, mais nécessaires pour stimuler l'innovation.</p> <p>La technologie de l'IA pourrait éventuellement permettre une importante croissance de la productivité si elle parvient à limiter suffisamment le travail humain. Mais cela ne se concrétisera peut-être qu'après un krach financier et le ralentissement de l'économie étatsunienne qui s'ensuivra. Et si l'économie étatsunienne, tirée par l'IA, plonge, il en sera de même pour les autres grandes économies. Le temps ne joue pas en faveur des Magnificent Seven. En effet, l'adoption de la technologie de l'IA par les entreprises reste faible et est même en baisse parmi les grandes.</p> <div class="spip_document_54719 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center"> <figure class="spip_doc_inner"> <img alt="" height="295" src="https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH295/d83b32a8aa42da18-8d51ce87-544c0.png?1770127672" width="500" /> </figure> </div> <p>Pendant ce temps, les dépenses consacrées aux capacités d'IA continuent d'augmenter et les investisseurs continuent d'investir massivement dans l'achat d'actions et de titres de créance d'entreprises spécialisées dans l'IA. C'est donc un pari énorme sur l'IA pour l'économie étatsunienne.</p> <p>Ce texte a été publié le 14 octobre 2025 sur le blog de l'auteur, <a class="spip_out" href="https://thenextrecession.wordpress.com/" rel="external">The Next Recession</a>, et traduit par Lalla F. Colvin pour le site <a class="spip_out" href="https://inprecor.fr/" rel="external">Inprecor</a>.</p> <p>Illustration : Wikimedia Commons.</p> <center> ***** </center><h2 class="spip">Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine. </h2> <p>Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). 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www.pressegauche.org
February 3, 2026 at 7:46 PM
Faire grève pour ne pas se faire mettre en boîte
<p><img alt="" class="spip_logo spip_logo_right" height="683" src="https://www.pressegauche.org/IMG/logo/greve-feministe-2021-geneve-1024x683-3.jpg?1770127861" width="1024" /></p> <div class="rss_chapo"> <p>Notes sur l'Assemblée Générale du Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM-CSN) du mercredi 28 janvier 2026.</p> </div> <div class="rss_texte"> <p>Sans montre en main, il semblait tout de même que la minute de silence à la mémoire des personnes mortes pour la classe ouvrière, qui précède chaque assemblée générale du Conseil central de Montréal, a duré plus longtemps et que l'ambiance était plus lourde que d'habitude. Était-ce simplement la fatigue provoquée par un vortex polaire qui n'en finit plus ? Le deuil du bâtiment plus que centenaire de la shop à savons Barsalou, qui trônait de l'autre côté de la rue jusqu'à ce qu'un immense brasier la consume, quelques jours avant ? Ou par respect pour les fantômes de René Good, mère de famille et poétesse, et d'Alex Pretti, infirmier d'un hôpital de vétérans, deux âmes de 37 ans abattues à quelques jours d'intervalle à bout portant par la police fédérale, en plein jour dans les rues de Minneapolis, pour avoir tenté de ralentir sa chasse xénophobe aux personnes migrantes ?</p> <p>Le président, Bertrand Guibord, a pris soin aussi de nommer les autres camarades qui sont morts depuis le début de l'année chez nos voisins du sud, victimes de l'ICE. Keith Porter, Luis Gustavo Núñez Cáceres, Geraldo Lunas Campos, Víctor Manuel Díaz, Parady La, Luis Beltrán Yáñez-Cruz, Heber Sánchez Domínguez. Ces noms ont résonné dans les locaux de la CSN comme autant d'échos de la lutte qui s'organise au Québec contre les avancées de l'extrême-droite et les dérives autoritaires de nos gouvernements.</p> <p>L'assemblée a finalement commencé, et entre les états financiers et les informations sur le Mois de l'Histoire des personnes noires, deux présentations portaient sur des conflits en cours.<br class="autobr" /> <strong><br class="autobr" /> Kruger LaSalle</strong></p> <p>Les 150 syndiqué-es de Kruger LaSalle produisent des boites de carton depuis des générations, de pères en fils, et en filles, comme l'a rapporté une conseillère syndicale. Les affaires sont bonnes, puisque l'entreprise fournit de grandes chaines comme Danone, Jean-Coutu, Olymel et Kruger (Cashmere, Scotties, Sponge Towels). Voilà 50 ans qu'on n'y a pas fait grève, mais un nouveau boss s'est imposé. La dernière convention a été signée avant la pandémie de la Covid19 et la flambée des prix à la consommation qui a suivi. Il y a donc un besoin pour un sacré rattrape, mais les négos lancées en mai achoppent principalement sur les revendications salariales. Le patron offre 16% pour les 4 prochaines années, offre refusée à la majorité. L'accepter signifierait d'accepter une chute du pouvoir d'achat, comme l'explique un tract syndical : « <i>Cette offre patronale ne représente rien de moins qu'un appauvrissement pour ses fidèles travailleuses et travailleurs en raison de l'inflation des dernières années. Il n'y a aucune raison pour que leur pouvoir d'achat ne profite pas des succès de Kruger dans son ensemble ! </i> »</p> <p>En grève le 12 janvier, les camarades se parlent sur la ligne de piquetage ou dans la roulotte installée-là, pour se réchauffer : « <i> Y a 15-20 ans, on avait un sentiment d'appartenance et les meilleures conditions de l'industrie</i> », maintenant, « <i>on est l'enfant pauvre du groupe </i> », dit-on en référence aux autres shops qui ont fait la grève dans Lanaudière et à Trois-Rivières. Heureusement, les automobilistes expriment bruyamment leur appui. « <i> Y fait frette, mais on reste mobilisé-es </i> ».</p> <p><i>Sous l'effet de cette pression, le syndicat a finalement adopté à 73% des augmentations salariales d'environ 20% sur 5 ans, l'ajout d'une semaine de congé pour les membres qui ont plus d'ancienneté et une prime pour les opérateurs. Ce n'est pas-là l'ensemble des revendications voulaient, mais les grévistes ont jugé l'offre suffisamment acceptable pour retourner au travail.</i></p> <p><strong>Librairie Raffin de la Plaza Saint-Hubert</strong></p> <p>En novembre 2020, en pleine pandémie de la covid19, les libraires de cette succursale du réseau Raffin avaient dû faire grève pour obtenir de meilleures conditions de travail. Les revoilà encore au pied d'un mur derrière lequel se retranche le couple de propriétaires qui possèdent trois librairies rentables, selon les livres… comptables, y compris la succursale de la Plaza où il y a toujours des client-es sur le plancher, et qui a de gros contrats aux collectivités, par exemple avec des bibliothèques et des écoles. Des affiches sont mystérieusement apparues sur la Plaza, il y a quelques jours, indiquant que les libraires méritent d'obtenir 20$ de l'heure comme salaire de base, soit un « <i> salaire viable </i> ». Présentement, c'est le salaire minimum, ou jusqu'à 19$ de l'heure. Un conciliateur est entré en scène, alors que les libraires se sont voté 5 jours de grève et ont déjà effectué un arrêt de travail de 2h. La grève de 2020 rappelle de bien mauvais souvenirs, mais c'est une question de respect, de dignité et de condition de vie, pour des libraires qui connaissent si bien leur métier, contrairement à leurs propriétaires, et qui organisent en plus des évènements pour animer les lieux : de nombreux lancements, l'enregistrement du balado de Fred Savard, des installations représentant les bibliothèques idéales d'auteur-es. Le mandat de grève a été voté à l'unanimité, « <i>parce que la passion du livre ne paie pas le loyer !</i> ».</p> <p>Vous êtes client·e de la librairie Raffin ? Arrêtez-vous en magasin ou écrivez à la direction et faites-leur part de votre solidarité avec les libraires.<br class="autobr" /> <strong><br class="autobr" /> Vers une grèves sociale ?</strong></p> <p>Première de l'année 2026, cette assemblée générale du mercredi soir a été suivie vendredi par une autre rencontre, cette fois pour partager et discuter, avec des camarades d'autres organisations, du ras-le-bol généralisé dans la société civile envers une classe politique irresponsable et déconnectée des véritables problèmes qui affligent la population québécoise.</p> <p>Pour orchestrée une résistance, pour mobiliser les troupes et pour intensifier la lutte, le Conseil central a reçu de ses membres le mandat d'organiser un plan d'actions menant à une possible grève sociale au printemps. La journée de vendredi y était dédiée. Plus de quarante groupes alliés et une centaine de délégué·es de syndicats des secteurs publics et privés ont répondu présents !</p> <p>Ces camarades sont déterminés à lutter contre les projets de lois antisociaux, antidémocratiques et antisyndicaux qu'une classe politique déchue tente de faire avaler aux travailleurs et aux travailleuses. <br class="autobr" /> Laissons au président du CCMM le mot de la fin, qui donne le ton pour la suite des choses : « <i> La société civile doit se dresser devant celles et ceux qui l'abusent et qui profitent d'un système mortifère usé jusqu'à la corde. Le conseil central fera tout en son possible pour que ça se produise, je compte sur nous !</i> »</p> <p> Geneviève Dorais & Francis Dupuis-Déri<br class="autobr" /> Délégué-es du Syndicat des professeur-es de l'UQAM (SPUQ)</p> <p>******</p> <h2 class="spip">Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine. </h2> <p>Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). 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February 3, 2026 at 7:46 PM
Jancovici et le Shift Project : un plan pour sortir de la crise écologique, vraiment ?
<p><img alt="" class="spip_logo spip_logo_right" height="375" src="https://www.pressegauche.org/IMG/logo/jancovici.png?1770129909" width="564" /></p> <div class="rss_chapo"> <p>Le Shift Project et son charismatique chef de file Jean-Marc Jancovici ont le vent en poupe. Cette écologie représente-t-elle enfin un plan à la hauteur pour sortir de la crise, ou au contraire l'impasse d'une nouvelle nuance de capitalisme vert ?</p> </div> <div class="rss_texte"> <p>tiré de Révolution permanente<br class="autobr" /> <a class="spip_url spip_out auto" href="https://www.revolutionpermanente.fr/Jancovici-et-le-Shift-Project-un-plan-pour-sortir-de-la-crise-ecologique-vraiment" rel="nofollow external">https://www.revolutionpermanente.fr/Jancovici-et-le-Shift-Project-un-plan-pour-sortir-de-la-crise-ecologique-vraiment</a></p> <p>En juillet 2025, le think-tank écolo Shift Project a réussi à obtenir plus de 4,5 millions d'euros à la suite de sa campagne <i>« Décarbonons la France »</i>. L'influence du groupe, acteur incontournable de l'écologie institutionnelle, ne cesse de croître, particulièrement chez les ingénieurs et les scientifiques. L'association de bénévoles qui lui est affiliée, les Shifters, <a class="spip_out" href="https://theshiftproject.org/qui-sommes-nous/" rel="external">revendique aujourd'hui 30 000 membres</a>. Son charismatique chef de proue, Jean-Marc Jancovici, défend dans les médias une écologie qui n'a pas peur d'annoncer, données à l'appui, des mesures drastiques ou la nécessité de la sobriété, gagnant par là une large sympathie chez celles et ceux qui se politisent sur les enjeux écologiques. Mais cette écologie représente-t-elle un plan à la hauteur pour sortir de la crise, ou au contraire l'impasse d'une nouvelle nuance de capitalisme vert ?</p> <h2 class="spip">La montée en force du Shift</h2> <p>Dans la dernière décennie, le Shift Project est devenu un think-tank majeur dans l'écosystème de l'écologie politique institutionnelle. Ce groupe de réflexion, créé en 2010 par l'ingénieur polytechnicien et concepteur du bilan carbone [1] Jean-Marc Jancovici, se donne pour but d'« <i>éclairer les choix politiques et industriels nécessaires à la transition énergétique</i> », en s'appuyant sur différentes analyses et expertises scientifiques.</p> <p>En pratique, le groupe et ses bénévoles ont pu proposer des amendements de loi [2] ou organiser des consultations à l'échelle nationale [3]. En outre, le groupe cherche à faire peser l'écologie dans les échéances électorales : occupation du terrain médiatique, évaluation des programmes, organisation de débats avec les candidats ou têtes de liste et publication de propositions portant sur la planification économique de l'économie française, le cœur de son programme politique.</p> <p>Ce lobbying politique est assumé comme « l'outil » de prédilection de l'association. Elle avait agi en ce sens avec son Plan de transformation de l'économie française (PTEF), publié en 2022 à l'occasion des élections présidentielles avec pour but assumé de peser sur le programme des candidats. Dans cet ouvrage, chaque secteur de l'économie, comme l'industrie ou le transport, est passé au crible de l'analyse à laquelle sont associées des propositions de transformations. <a class="spip_out" href="https://theshiftproject.org/publications/plan-transformation-economie-francaise" rel="external">Parmi les recommandations</a>, on peut citer pêle-mêle l'électrification du parc automobile, le décuplement du recyclage et la diminution de la production animale agricole.</p> <p>De plus en plus implantée à l'échelle locale, l'association multiplie les conférences et interventions à destination du grand public ainsi que les consultations, et a récemment impulsé « <a class="spip_out" href="https://www.lafranceagricole.fr/environnement/article/889745/le-shift-project-lance-un-reseau-d-agriculteurs-sur-la-decarbonation" rel="external">un réseau d'agriculteurs sur la décarbonation</a> ».</p> <h2 class="spip">L'énergie contre la politique</h2> <p>Les bases politiques du Shift Project sont fondamentalement tributaires de son fondateur. Souvent associé un peu rapidement aux théories de la décroissance [4], Jancovici s'est fait connaître dans les années 2010 par ses considérations sur les liens entre énergie et économie. Soulignant l'étroite corrélation entre la croissance économique et la consommation énergétique, il en conclut que c'est en réalité l'énergie qui entraîne le développement économique. La lecture de l'économie ne devrait plus se faire à l'aide des paramètres habituels (PIB, flux monétaires et de marchandises) mais bien par la consommation énergétique. Jancovici écrivait ainsi, en 2022, que<i> « l'économie compte en euros un flux de transformation que le physicien ou l'ingénieur comptent en joules (ou en kilowattheure) [</i>5] ».</p> <p>L'approche a le mérite de sortir d'une conception de l'écologie dans laquelle c'est l'efficience financière qui dicte sa loi. Ainsi, <i>« le PTEF parle de tonnes, de watts, de personnes et de compétences. Mais il parle peu d'argent, et jamais comme d'une donnée d'entrée du problème posé : face à ce problème, l'épargne et la monnaie ne sont pas les facteurs limitants les plus sérieux </i> [6] ». L'approche a parfois été comparée au « calcul en nature » élaboré par certaines traditions socialistes, selon lequel l'économie est abordée à travers l'enjeu de la répartition des flux d'énergie, matériels ou de personnes [7]. Mais à la différence de ces traditions socialistes, l'ambition du Shift est une rationalisation et une planification partielle du capitalisme complémentaire des logiques de marché [8].</p> <p>Cette conception jouit d'une certaine popularité car elle permet de sortir du réductionnisme économique qui structure les politiques écologiques des États. Ce faisant, elle tombe dans un réductionnisme inverse. Là où les politiques écologiques institutionnelles ne voient que des dollars et des euros, le Shift voit des tonnes et des kilowattheures. Mais il est en grande partie aveugle aux rapports sociaux, et notamment d'exploitation et de domination qui résident quelque part entre les tonnes et les euros, et structurent le passage de l'un à l'autre [9]. Un réductionnisme qui va très loin : Jancovici s'amuse à soutenir que <a class="spip_out" href="https://www.youtube.com/watch?v=xgy0rW0oaFI" rel="external">la fin de l'esclavage est le résultat de l'utilisation du pétrole ou encore que des avancées dans les droits des femmes auraient eu pour cause… les progrès techniques</a>. Les luttes de libération ou encore les reconfigurations de l'exploitation dans le capitalisme sont ainsi sorties de l'analyse, quand les premières ne sont pas carrément insultées.</p> <p>La précision technique de l'écologie du Shift tend à se faire au détriment de sa dimension politique. Ainsi, le cœur du problème écologique est identifié comme l'abondance énergétique qui soutient nos sociétés, mais la cause de cette orgie énergétique reste désincarnée. Le capitalisme, autrement dit le mode de production qui structure nos rapports à l'environnement, est considéré comme un cadre indépassable au sein duquel l'écologie doit évoluer. Dès lors, la réponse à la crise écologique et énergétique est essentiellement technique, en matière d'optimisation et de rationalisation du capitalisme plutôt que de bouleversement des rapports sociaux qui le structurent.</p> <h2 class="spip">Planifier, oui mais pour qui ?</h2> <p>Cette « rationalisation » du problème écologique s'incarne dans la proposition de planification économique, cœur du Plan de transformation de l'économie française, avec pour but ultime d'atteindre une économie plus sobre et efficace. Il faut souligner l'intérêt de ce retour en force de la question de la planification de l'économie dans les débats contemporains de l'écologie [10]. Mais toutes les planifications ne se valent pas, loin s'en faut.</p> <p>On l'a déjà évoqué, le Shift défend une plus grande intervention des pouvoirs publics dans la planification écologique, sans pour autant exclure les mécanismes de marché. De même, il se refuse à incorporer tout changement politique radical dans les différents scénarios de transition proposés, se bornant à inscrire ses analyses dans le cadre légal et institutionnel actuel.</p> <p>D'une part, cette dernière hypothèse est plus que discutable. La militarisation en cours et la perte de vitesse de l'hégémonie américaine présagent une ère de convulsions politiques à l'échelle mondiale, si bien que les futurs effets sur nos économies et nos régimes politiques sont encore imprévisibles. S'il est par définition impossible de prédire avec précision les effets de ces tendances, toute projection écologique dans le futur devrait a minima prendre acte de l'entrée dans une période d'immense instabilité qui remet en cause toute hypothèse de transformation graduelle sur le temps long.</p> <p>Surtout, en pratique, cette conception de la planification signifie que la transition écologique serait toujours aux mains des décisionnaires de l'économie, c'est-à-dire des entreprises et des pouvoirs publics. À ce propos, le Shift écrivait, dans le PTEF :<i> « Le premier levier d'action consiste en un débat d'idées qui doit faire réémerger l'État comme un acteur légitime et même essentiel de la sphère commerciale, comme il l'a été dans les plus grandes réussites de développement dans le monde – mais avec cette fois un objectif de décarbonation et de résilience</i> [11]. »</p> <p>Cela présuppose que l'État est une institution neutre, alors même qu'il n'a jamais réellement amorcé la moindre hypothétique transition écologique. Pire, il entérine des propositions comme la loi Duplomb, et soutient inconditionnellement Total, quand il ne réprime pas les militants écologistes qualifiés « d'écoterroristes ». In fine, l'État français restera toujours l'allié des grandes entreprises de l'énergie ou des lobbys-fossoyeurs tels que la FNSEA.</p> <p>Refusant de remettre en cause les intérêts privés des entreprises pour mettre en place la planification, le Shift préconise <i>« de proposer des moyens permettant de faire en sorte que les investissements nécessaires à la transformation de l'économie soient perçus comme suffisamment rentables, et le risque comme suffisamment maîtrisé (compte tenu du rendement)</i> [12] ». Si le réductionnisme économique est combattu dans l'analyse globale du think-tank, il réapparaît brusquement lorsqu'il est question de parler aux intérêts des entreprises.</p> <p>Plutôt que de combattre ces intérêts, qui nous ont plongés dans le chaos de la crise écologique, à la faveur de <a class="spip_out" href="https://www.budget.senate.gov/imo/media/doc/fossil_fuel_report1.pdf" rel="external">décennies de mensonges des multinationales du pétrole</a>, l'enjeu est de chercher à les concilier avec l'écologie : une contradiction dans les termes que se sont employés à dénoncer des théoriciens du marxisme écologique tels que Daniel Tanuro [13]. L'impératif d'accumulation illimitée du capital, reposant sur une exploitation tout aussi illimitée de la force de travail et de l'environnement, est inconciliable avec l'écologie, quand bien même le capital serait plus encadré ou planifié. En outre, il est permis de douter de l'efficacité d'un projet de planification qui ne remettrait pas en cause la propriété privée des grandes entreprises de l'énergie, des transports ou de l'agro-alimentaire, par exemple. Comme le souligne le philosophe Alexis Cukier, <i>« l'option de l'État social écologique semble postuler qu'une décision étatique étant promulguée, sa mise en œuvre est acquise</i> [14] ». Elle néglige ainsi totalement l'incroyable capacité des entreprises à se soustraire aux normes ou réglementations, mais également la dimension réelle et matérielle du travail tel qu'il est mené, au sein des entreprises, sous l'autorité patronale [15]. Pour le dire rapidement, une planification sans remise en question de la propriété privée des moyens de production [16] risque bien de ne pas planifier grand-chose.</p> <p>Absence de remise en cause de la propriété privée des entreprises et du salariat, planification depuis un État gestionnaire garant des intérêts économiques du patronat justifiée par l'impératif écologique et la rationalité physique : on est en droit de questionner le caractère démocratique du projet du Shift. L'économiste décroissante Geneviève Azam a raison de <a class="spip_out" href="https://www.terrestres.org/2023/09/28/planification-ecologique-frein-durgence-ou-administration-de-la-catastrophe/#identifier_19_16264" rel="external">souligner</a> que ce plan est sans doute davantage un plan d'administration de la catastrophe que de sortie de la crise. Pour être réellement démocratique, tout projet de planification écologique de l'économie devrait reposer sur une démocratie des travailleurs et des classes populaires, organisée depuis la base des entreprises et des lieux de vie, où ils décideraient en assemblées, au plus près de leur réalité, des besoins de production, reconversions et rythmes de travail, avant de confronter leur vision à l'échelle locale, régionale et nationale voire internationale à des organes démocratiquement élus et chargés de centraliser les informations, les orientations défendues de part et d'autre, et de les confronter aux contraintes écologiques [17]. On l'a compris, cette démocratie a comme condition de possibilité l'expropriation et le contrôle collectif des moyens de production.</p> <p>Ce genre d'orientations est bien sûr difficile à défendre lorsque, comme le Shift, on est en partie <a class="spip_out" href="https://theshiftproject.org/nos-financeurs/" rel="external">financé par des PDG de la tech ou des banques comme BNP Paribas</a>, l'un des plus grands financeurs d'énergies fossiles en France, ou que l'on cherche à discuter de l'écologie comprise comme « cadre global qui n'est ni de gauche ni de droite » avec tout le monde, <a class="spip_out" href="https://www.linfodurable.fr/ecologie-quand-la-droite-tente-de-faire-rimer-lr-avec-vert-41600" rel="external">y compris les Républicains.</a></p> <h2 class="spip">Un militarisme vert ?</h2> <p>Logiquement, ce logiciel de gestion du capitalisme dans la crise écologique implique également de gérer sa composante militaire et impérialiste. Le Shift converge de plus en plus avec les thèses défendues par le philosophe Pierre Charbonnier [18] sur la question d'une hypothétique écologie de guerre dans laquelle la décarbonation de l'économie pourrait se faire au nom de la puissance géopolitique et militaire de la France et de l'Europe.</p> <p>Absent du PTEF en 2022, le domaine de la Défense fera son apparition dans les futures analyses sectorielles du Shift. De partout, nos dirigeants appellent à faire des sacrifices pour se préparer aux conflits à venir, tandis que <a class="spip_out" href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/171225/avec-l-argent-des-fonds-verts-des-banques-financent-les-entreprises-d-armement" rel="external">la marche à la guerre est une excuse pour mener des attaques anti-écologiques</a>. Plutôt que de remettre en cause cette dynamique, le Shift cherche à y participer, avec l'ambition de décarboner partiellement le complexe militaro-industriel et de convaincre les états-majors de l'urgence écologique.</p> <p>Il organise ainsi des conférences « <a class="spip_out" href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/171225/avec-l-argent-des-fonds-verts-des-banques-financent-les-entreprises-d-armement" rel="external">Défense et industries : quelles stratégies face à la double contrainte énergie climat</a> », au cours desquelles interviennent les fleurons du complexe militaro-industriel Thalès et Naval Group ou encore la Marine nationale ; ou produit des rapports et études en lien avec les forces armées.</p> <p>Cette logique se décline également sur le terrain de l'impérialisme. En effet, en l'absence de remise en cause des racines sociales de la crise écologique, la transition énergétique revendiquée, notamment en soutenant l'électrification des usages, augmentera sensiblement l'usage de métaux. Selon les projections de l'Agence internationale de l'énergie,<a class="spip_out" href="https://www.iea.org/data-and-statistics/data-tools/critical-minerals-data-explorer" rel="external">la transition énergétique nécessitera par exemple d'au minimum doubler la demande de nickel et de multiplier par sept celle de lithium</a>. Une explosion de la demande qui, selon Célia Izoard dans son livre La Ruée minière au XXIᵉ siècle, renforcera la place de l'extractivisme, <a class="spip_out" href="https://www.revolutionpermanente.fr/Sous-la-transition-les-mines" rel="external">en particulier celui du secteur minier</a>, dans le capitalisme. La transition énergétique apparaît alors comme une notion qui, aux mains des capitalistes, est synonyme de passe-droit pour piller et dévaster les pays du Sud. Profondément aligné sur l'impérialisme des pays européens, le Shift ne questionne aucunement ces politiques extractivistes, induites par ses propres préconisations.</p> <p>Alors que la crise écologique est par définition un enjeu global, une transition dans un seul pays, qui plus est quand elle se ferait au détriment des autres, ou au moyen de la guerre, représente une impasse dangereuse. Plus que jamais, la lutte pour une planète habitable passe au contraire par celle contre le militarisme et les guerres impérialistes, mais également contre le pillage impérialiste de l'Afrique ou de l'Amérique latine.</p> <h2 class="spip">À quoi sert le Shift ?</h2> <p>Depuis quelques années, la jeunesse des secteurs scientifiques ou de l'ingénierie vit une crise subjective profonde, alimentée par le désastre écologique. Consciente de la catastrophe en cours, elle se retrouve néanmoins à devoir choisir entre travailler pour des entreprises écocidaires et militaires, ou pour des institutions publiques de recherche poussées à la ruine et de plus en plus asservies aux premières. Face à cette contradiction entre la politisation écolo des étudiants et la pratique scientifique sous le capitalisme, des phénomènes tels que les désertions [19] et défections émergent : les étudiants refusent de choisir entre la peste et le choléra, politisent leurs formations, à l'instar des déserteurs d'AgroParisTech, et cherchent des alternatives en se tournant vers d'autres métiers considérés comme plus alignés avec leurs valeurs, des pratiques associatives voire des formes de militantisme plus radical. Si ces formes de défection ne constituent pas en soi une stratégie à même d'abattre le rouleau compresseur du capitalisme, elles sont autant de signaux alarmants pour le patronat, la classe politique ou les directions d'universités.</p> <p>Le Shift intervient comme un filet de sécurité face à ce processus profond. Il s'appuie sur le référentiel commun du langage physique et technique, et sur la rigueur scientifique (au détriment, on l'a vu, de la rigueur de l'analyse sociale) pour proposer, clé en main, une solution écologique qui n'impliquerait pas de déserter, ou pire, de mettre à bas le capitalisme. C'est ainsi que pour contenir les étudiants de l'INSA (Institut national des sciences appliquées), un réseau d'écoles dont les futurs ingénieurs semblaient être fortement politisés sur les enjeux écologiques, <a class="spip_out" href="https://www.groupe-insa.fr/en/node/442" rel="external">la direction a fait appel au Shift, en 2020</a> pour intégrer des éléments écologiques au programme, et convaincre ses étudiants de ne pas pousser la remise en question trop loin. Une logique qui illustre parfaitement le propos du sociologue Jean-Baptiste Comby lorsqu'il analyse la « réappropriation de la contestation écologique » par ce qu'il qualifie d'écologie dominante, qui « ne se construit […] pas tant contre la critique du “capitalisme vert” que tout contre elle, à son contact [20] ». Si la jeunesse scientifique semble bien être le cœur de cible du Shift, celui-ci séduit au-delà, sa feuille de route sourcée et précise jouant un effet rassurant face aux enjeux vertigineux de la crise écologique et à l'incertitude de l'avenir.</p> <p>Seulement, en refusant de remettre en cause le système à l'origine de la crise et en choisissant, au contraire, d'accompagner les intérêts du patronat et de l'impérialisme français via une planification technocratique décidée par en haut, la proposition conduit à l'impasse. Comme le soulignait dès les années 1960 le sociologue marxiste Henri Lefebvre, ingénieurs, scientifiques ou technocrates d'État ne disposent pas de pouvoir politique propre [21]. Face aux ravages de la crise écologique, ce secteur, qui dispose de peu de capacité – sociale, démographique – de blocage ou de pression, peut être tenté d'aller chercher la force politique qui lui manque du côté de l'État, du patronat et de l'impérialisme, en faisant jouer son expertise à travers une stratégie de lobby. C'est la voie que poursuit le Shift. Il pourrait, à l'inverse, se tourner vers des forces sociales capables de mettre l'industrie à l'arrêt, de bloquer l'économie par la grève : celles du mouvement ouvrier et du monde du travail, au-delà des secteurs scientifiques. Une voie qui permettrait de partager les savoirs techniques et scientifiques avec l'intégralité de la société, en vue d'amorcer une véritable reconversion écologique et sociale de la production sous contrôle des travailleurs, et d'abolir la séparation absurde entre la conception du travail et sa réalisation : c'est la voie qu'il faut chercher à construire.</p> <h2 class="spip">NOTES DE BAS DE PAGE</h2> <p>[1] Le bilan carbone est une méthode comptable visant à évaluer l'ordre de grandeur des émissions de gaz à effet de serre liées à la production, la distribution et l'utilisation d'un bien, d'un service et, par extension, d'un territoire, d'une filière industrielle ou encore de la consommation d'un individu. Elle repose sur une modélisation (sans mesure directe, donc) des émissions liées à chaque étape du cycle de vie de l'objet étudié. En 2010, la loi Grenelle II rend obligatoire la production d'un bilan carbone pour certaines entreprises, établissements publics ou services d'État. Si le bilan carbone permet effectivement de fournir des indications chiffrées des émissions liées à certains secteurs ou produits, sa logique fondamentalement comptable explique son hégémonie dans l'écologie industrielle, en ce qu'elle permet d'enfermer l'écologie dans une logique d'optimisation technique du bilan carbone plutôt que de remise en cause politique des filières et logique sociales qui ravagent le monde. Cette hégémonie participe également d'une lecture fragmentée de la réalité et peine à retranscrire les interactions sociales complexes qui la constituent.</p> <p>[2] Voir, par exemple, « “Petite Loi Énergie” : The Shift Project plaide pour un renforcement des outils de politique climatique.</p> <p>[3] Comme une grande consultation sur les agriculteurs de 2024, qui a recueilli l'avis de plus de 7 000 agriculteurs.</p> <p>[4] À tort, puisqu'il assume davantage une perspective « ni croissantiste, ni décroissantiste » dans le Plan de planification de l'économie française. Le Shift et Jancovici sont par ailleurs critiqués par une majeure partie des auteurs décroissants qui voient à raison dans leur logiciel une approche techniciste et bureaucratique de l'écologie. Voir Pierre Thiesset, « Contre la sobriété technocratique », in Hélène Tordjman, François Jarrige (dir), Décroissances, Lorient, Le Passager clandestin, 2023.</p> <p>[5] The Shift Project, Climat, crises. Le plan de transformation de l'économie française, Paris, Odile Jacob, 2022, p. 16.</p> <p>[6] The Shift Project, Climat, crises. Le plan de transformation de l'économie française, ibid., p. 29, cité dans Razmig Keucheuan, Cédric Durand, Comment Bifurquer, Paris, Zones/La Découverte, 2023, p. 35.</p> <p>[7] Razmig Keucheuan, Cédric Durand, Comment bifurquer, ibid., p 36.</p> <p>[8] Comme l'indique clairement la section « Référentiels et valeurs » du site du Shift, « [c]ette planification n'exclut en rien un rôle pour les mécanismes de marché. Mais dans la question du changement climatique, certaines questions concernent l'échelle du siècle : beaucoup d'éléments déterminants (réseaux de transports et d'énergie, urbanisme, implantation agricole et forestière, etc.) sont pilotés à des pas de temps hors de portée des anticipations par le marché, donc une part de puissance publique doit encadrer et coordonner donc planifier voire gérer certaines activités essentielles considérées comme régaliennes. En complément, les acteurs de marché sont souvent incontournables pour décliner efficacement un cadre global dans un grand nombre de secteurs où une action diffuse est nécessaire ».</p> <p>[9] L'économiste décroissante Geneviève Azam décrit bien ce réductionnisme : « Le Plan du Shift Project est un plan chiffré en flux physiques avec UN objectif, la décarbonation nationale, UNE variable de décarbonation, les énergies fossiles, UNE unité de mesure, le CO₂ émis ou « évité », UNE méthode, un plan réalisé selon les principes réductionnistes de l'optimisation économique sous contrainte, la contrainte étant ici physique. Le fait que les désastres écologiques, irréductibles au seul CO₂, soient le produit de nombreux facteurs enchevêtrés et interdépendants n'entre pas dans ce modèle. La mesure unique (CO₂) est un équivalent général qui assure le passage du qualitatif au quantitatif et unifie le monde. » Geneviève Azam, « Planification écologique : frein d'urgence ou administration de la catastrophe »</p> <p>[10] Voir, entre autres, Razmig Keucheuan, Cédric Durand, Comment bifurquer, op. cit. ; Troy Vettese, Drew Pendergrass, Half-Earth Socialism, Londres, Verso, 2022 ; Geneviève Azam, « Planification écologique : frein d'urgence ou administration de la catastrophe », Terrestres, 28/09/2023 ; Matías Maiello, « Démocratie conseilliste et planification socialiste, nouveaux enjeux », Révolution Permanente, 24/02/2024.</p> <p>[11] The Shift Project, Climat, crises. Le plan de transformation de l'économie française, Paris, Odile Jacob, 2022, p. 227.</p> <p>[12] The Shift Project, Climat, crises. Le plan de transformation de l'économie française, Paris, Odile Jacob, 2022, p. 230.</p> <p>[13] Daniel Tanuro, L'Impossible Capitalisme vert, Paris, La Découverte, 2012.</p> <p>[14] Alexis Cukier, « Démocratiser le travail dans un processus de révolution écologique et sociale », Attac, 2020.</p> <p>[15] « L'expérience montre qu'il est possible et commun, pour les dirigeants d'entreprises capitalistes, non seulement de se soustraire à la loi, mais aussi de contraindre les travailleurs à contrevenir eux-mêmes aux régulations dans leur activité. Et si les décisions productivistes et polluantes sont prises au niveau des conseils d'administration, des directions des agences gouvernementales ou des entreprises financières – mais sans la collaboration (en l'occurrence majoritairement) contrainte des travailleurs, ces décisions ne sont pas suivies d'effet. L'option de l'État social écologiste sous-estime dramatiquement le pouvoir des travailleuses et travailleurs, pour détruire ou préserver la planète. » Alexis Cukier, « Démocratiser le travail dans un processus de révolution écologique et sociale », Attac, 2020.</p> <p>[16] Contrairement à ce qu'affirme Jancovici, relayant l'argument classique des néolibéraux et du patronat sur le fait que les communistes menaceraient avant tout le boulanger, le coiffeur du coin et, en dernière instance, « l'initiative individuelle », un processus de révolution écologique impliquerait de s'en prendre au grand capital des multinationales et du secteur bancaire. Une condition pour sortir les petits commerçants et autres détenteurs de petits capitaux de la vulnérabilité imposée par le capital financier et la dette, pour les convaincre de l'intérêt d'une socialisation intégrale de l'économie (que leurs employés potentiels ne manqueront pas d'exiger). Ceci n'exclut bien évidemment pas l'initiative individuelle, ni le fait d'avoir une boulangerie dans son quartier.</p> <p>[17] Pour approfondir sur la démocratie conseilliste et la planification socialiste, voir Matías Maiello, « Démocratie conseilliste et planification socialiste, nouveaux enjeux », Révolution Permanente, 24/02/2024.</p> <p>[18] Voir Vincent Rissier, « Le devenir guerrier de la transition écologique », RP Dimanche, 19/04/2025.</p> <p>[19] Jeanne Mermet, Désertons !, Paris, Les Liens qui libèrent, 2025.</p> <p>[20] Jean-Baptiste Comby, Écolos… mais pas trop, les classes sociales face à l'enjeu environnemental, Paris, Raisons d'agir, 2024, p. 39.</p> <p>[21] « Qu'en utilisant cette image d'Épinal moderne, quelques groupes animés par une idéologie, celle de la rationalité technicienne, gagnent une influence et même tentent d'arriver au pouvoir politique de décision, ce n'est pas contestable. Ils renforcent l'image ; ils la transforment en idéologie. Une prétendue “gauche” rêve ainsi de réaliser la fiction technocratique. Les hommes qualifiés de technocrates passent pour détenir des compétences éminentes ainsi que le don de l'efficacité. Ils en auraient le quasi-monopole. Ils seraient capables à la fois de découvrir les solutions techniques répondant aux problèmes précis posés par la pratique, et d'imposer ces solutions (de commander). Or, si l'on observe ce qui advient effectivement, de tels hommes n'existent pas. Ceux que l'on nomme “technocrates” et qu'on voit à l'ouvrage (notamment dans le secteur public de l'économie et de la vie sociale en France) ne commandent pas ; ils ne disposent que d'un pouvoir de décision limité ; en fait, ingénieurs devenus administrateurs, ils exécutent des commandes, celles du pouvoir politique qui dispose des “variables stratégiques”. Le pouvoir impose aux technocrates dont il dispose les choix décisifs. Aux problèmes officiellement reconnus et formulés, ils - les technocrates - proposent des solutions et le pouvoir d'État choisit entre elles. » Henri Lefebvre, Position : contre les technocrates, Paris, Éditions Gonthier, 1967, p. 16.</p> </div>
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February 3, 2026 at 7:46 PM
2003-2008 : Retour vers le futur
<div class="rss_chapo"> <p>En relisant les numéros des cinq premières années d'À bâbord !, un certain sentiment d'impuissance pourrait se dégager de l'exercice. À bâbord ! est née en même temps que l'arrivée au pouvoir du gouvernement Charest et sa réingénierie de l'État. Vingt ans plus tard, on pourrait croire qu'on fait du surplace ou qu'on régresse.</p> </div> <div class="rss_texte"><p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">En effet, les numéros des cinq premières années d'<span class="CharOverride-1">À bâbord ! </span>abordent les mêmes thèmes qui nous préoccupent aujourd'hui, comme la crise du logement et du système de santé, « <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-L-universite-entre-declin-">l'assaut néolibéral contre l'université</a> », les <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Partenariats-public-prive-">PPP</a>, les liens entre « <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Pauvrete-et-controle-">Pauvreté et contrôle social</a> », les dangers des « <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Technologies-du-vivant-">technologies du vivant</a><span lang="ar-SA"> », </span>les « <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Refugies-Droits-et-">droits et libertés en péril des personnes réfugiées</a> », le « lobby pro-israélien et <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Imperialisme-canadien-">la politique étrangère canadienne</a> » et, malheureusement, à pratiquement tous nos numéros, la Palestine…</span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">Il y a vingt ans, <span class="CharOverride-1">À bâbord ! </span>critiquait le « programme néolibéral pur et dur » de l'ADQ, alors qu'aujourd'hui il suffirait de changer une lettre pour que ce soit celui de la CAQ. On analysait la « révolution du bon sens » du gouvernement Harris ; on parle maintenant du « gros bon sens » de Poilièvre. On parlait déjà du « reniement social-démocrate » du PQ et du « virage à droite des élites politiques québécoises » ; on en parle encore. À force de virer à droite, on tourne en rond.</span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">Et pourtant, <span class="CharOverride-1">À bâbord !</span> ne fait pas qu'analyser ce qui ne va pas. Nous avons aussi combattu les nombreux systèmes de domination, depuis la perspective et avec celles et ceux qui résistent. Si les nombreux virages à droite de nos élites doivent continuellement se répéter, c'est parce que cette résistance est non seulement </span></span><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">parvenue à empêcher la privatisation « pure et dure » de nos services publics ou la dépossession de nos richesses naturelles et humaines, mais aussi à potentialiser des projets émancipateurs porteurs d'histoire.</span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">Nous avons cherché à « <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Reinventer-la-democratie-">Démocratiser radicalement la démocratie</a> » en explorant des « alliances entre ‘radicaux' et ‘modérés' ». Nous nous sommes solidarisé·es avec l'historique « Grève étudiante de 2005 », avec le mouvement syndical ou le « <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-mouvement-communautaire-">mouvement communautaire autonome</a> ». Dans la même veine, nous avons procédé à une « critique sociale des médias et du journalisme » et nous avons exploré les relations entre « <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Souverainete-alimentaire-">Agriculture et souveraineté alimentaire</a> », « <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Transports-ecologie-et-">Transports, écologie et changement social</a> », ne serait-ce qu'avec « <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-L-energie-du-desespoir-">L'énergie du désespoir </a> »…</span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">À la crise du logement, nous avons opposé des mouvements revendiquant le « <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-droit-a-la-ville-">droit à la ville</a> ». En montrant comment « <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-L-eau-c-est-politique-">L'eau, c'est politique</a> », notamment en fonction de sa privatisation, nous avons aussi montré comment les populations de la Bolivie, de Soweto, du Québec ou d'ailleurs sont parvenues à la préserver en tant que « commun ». Nous avons montré comment le « droit à l'hospitalité » des personnes réfugiées peut devenir le vecteur d'une « citoyenneté en marche ». Pour faire un contrepied à l'hégémonie de la droite, nous avons suivi de l'intérieur les développements de l'UFP, de « D'abord Solidaires », de Québec solidaire et de plusieurs autres expériences de « municipalisme libertaire » ou de « démocratie participative ».</span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">C'est dans ce contexte d'une participation organique avec les mouvements sociaux et, en l'occurrence, féministes qu'<span class="CharOverride-1">À bâbord ! </span>a dû faire face à un SLAPP pour l'article de Barbara Legault, « <a href="https://www.ababord.org/Des-hommes-contre-le-feminisme">Des hommes contre le féminisme</a> », que nous reprenons dans ce numéro anniversaire, étant donné l'importance que cette judiciarisation de la lutte a eu dans l'histoire de la revue. Heureusement, grâce à la solidarité de tous ces groupes et militants avec qui nous luttions, <a href="https://www.ababord.org/Andy-Srougi-perd-son-proces-contre">Andy Srougi perd son procès contre À bâbord ! et Barbara Legault.</a> Respectivement, ces deux textes ont été publiés dans le numéro 16 d'automne 2006 et dans le numéro 18 de l'été 2008.</span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">Dès ses débuts, <span class="CharOverride-1">À bâbord !</span> se distingue aussi par une volonté de ne pas dissocier la culture de l'analyse sociale et politique. La couverture du <a href="https://www.ababord.org/-No-01-sept-oct-2003-">premier numéro</a> attirait l'attention par une caricature du premier ministre récemment élu, Jean Charest, visage joufflu et sourire niais. L'endos ne laissait pas sa place, avec une dérision de G.W. Bush, en « virus du nul occidental ». Souvent utilisée pour l'ironie, l'endos de la revue servait aussi à laisser toute la place à des illustrations. La plupart des premiers dessins étaient <span>l'œuvre de Shrü et nous le remercions grandement pour cette collaboration déterminante. D'autres apports comme Charb (de Charlie Hebdo), « les Rémillard » (Louis et Denis), Frédéric Guimont, Charlotte Lambert, Chloé Germain-Thérien et plusieurs autres, ont fini par constituer un petit collectif de dessinateur·trices. Ce collectif informel s'est déstructuré avec le temps, mais il se recompose actuellement sur de nouvelles bases. Pour rendre compte de la place de la culture dans les réflexions de la revue, nous reproduisons à la page 38 un court texte de Ricardo Peñafiel, intitulé « <a href="https://www.ababord.org/Fetichisme-et-marchandisation-de">Fétichisme et marchandisation de la culture</a> », paru dans le dossier du numéro 12 (hiver 2006), <a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Les-non-lieux-de-la-">Les non-lieux de la culture</a>. </span></span></span></p> </div> <div class="rss_ps"> <p>Ricardo Peñafiel est professeur associé au département de sciences politiques de l'UQAM et ancien membre du collectif.</p> </div>
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January 28, 2026 at 11:26 PM
Un réseau de médias de gauche
<p><img alt="" class="spip_logo spip_logo_right" height="339" src="https://www.ababord.org/IMG/logo/20.png?1769632310" width="763" /></p> <div class="rss_chapo"> <p>En novembre 2022<span class="spip_note_ref"> [<a class="spip_note" href="#nb1" id="nh1" rel="appendix" title="À ce propos, nous vous invitons à lire l'article « Rendez-vous des médias (…)">1</a>]</span>, une dizaine de revues progressistes se sont donné rendez-vous pour constituer le Regroupement des médias critiques de gauche, un réseau de discussion, de partage et de mise en commun par et pour les médias écrits de gauche du Québec. Aujourd'hui, qu'en est-il de cette initiative ? À la découverte de ce projet et de ses activités.</p> </div> <div class="rss_texte"><p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">Le Regroupement rassemble des publications écrites, imprimées ou numériques, qui partagent une même sensibilité politique progressiste. Plus particulièrement, il s'intéresse aux enjeux et défis que nos médias rencontrent, ainsi qu'aux stratégies logistiques et politiques à mettre en œuvre au bénéfice du Regroupement et de ses idées. Nous comptons actuellement 15 médias membres participants, auxquels s'ajoutent deux membres observateurs et plusieurs médias alliés faisant partie d'un large réseau de collaborateur·rices. Pour le RMCG, le travail médiatique aspire à une transformation sociale animée par une volonté de mettre fin aux différents systèmes d'exploitation et formes d'oppression, et d'œuvrer pour l'établissement d'une société plus solidaire et égalitaire. Nous concevons que ces valeurs justifient le choix des sujets abordés, la manière dont on les traite et les personnes sollicitées pour les développer. Globalement, les médias du Regroupement s'appuient sur le travail collaboratif de militant·es, professionnel·les des sciences sociales et humaines</span></span><span class="spip_note_ref"> [<a class="spip_note" href="#nb2" id="nh2" rel="appendix" title="Diplômé·es, travailleureuses communautaires, enseignant·es, chercheur·euses, (…)">2</a>]</span><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;"> ainsi que de personnes et communautés directement concernées par les sujets traités, pour la plupart sur une base bénévole.</span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;"></p> <h2 class="spip">Notre engagement</span></span><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;"></h2> <p></span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">Nous pensons que les médias se doivent de fournir les outils de compréhension nécessaires pour transformer nos sociétés. À cet effet, le mythe et le choix de la neutralité journalistique contribuent à faire le lit d'un système qui détruit notre environnement et reproduit les inégalités socio-économiques. Notre vision du journalisme relève du militantisme, et tranche avec la vision établie d'un journalisme prétendant à la neutralité tout en suivant les cadres d'un modèle d'affaires</span></span><span class="spip_note_ref"> [<a class="spip_note" href="#nb3" id="nh3" rel="appendix" title="À ce propos, nous vous invitons à lire notre texte collectif paru dans le (…)">3</a>]</span><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">. Notre but est de nourrir le débat public, un principe au fondement d'une mise en œuvre concrète et directe de la démocratie.</span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;"></p> <h2 class="spip">Nos projets</span></span><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;"></h2> <p></span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">On peut déjà le constater : l'existence du Regroupement contribue à dynamiser le réseau des médias critiques du Québec. Il a favorisé, entre autres, la mise en commun de ressources afin de promouvoir les événements des médias membres, la concertation logistique pour la réalisation de nos lancements respectifs, l'échange de réflexions sur les contenus et la mobilisation autour d'enjeux politiques ou de société (notamment autour de la mise à pied des employé·es de la revue <span class="CharOverride-1">Relations</span>). De plus, afin de contrer la censure du groupe Meta sur le contenu généré par les médias canadiens, le RMCG a mis sur pied un site colligeant les publications de nos médias membres (gauche.media). Il agit comme un agrégateur et un carrefour donnant accès à l'ensemble de nos productions médiatiques depuis janvier 2023.</span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;"></p> <h2 class="spip">L'avenir du RMCG</span></span><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;"></h2> <p></span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">Le Regroupement continue de se construire et de se formaliser au gré des rencontres en suivant une philosophie d'organisation collective et démocratique. Depuis mars 2024, le RMCG s'appuie sur un comité de liaison constitué de quatre membres, et dont le mandat vise à développer et à promouvoir les activités du regroupement ainsi qu'à faciliter les communications internes.</span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;">Nous entrevoyons la tenue d'un deuxième rendez-vous dans les prochains mois. D'ailleurs, la mobilisation n'est pas terminée : le rôle de catalyseur du RMCG ne fait que commencer. Vous faites partie d'un média qui se définit comme étant à gauche ? On vous invite à nous contacter pour échanger sur vos projets en lien avec nos activités.</span></span></p> <p class="AB-_BASE_Normal_1er"><span style="font-size: 16px;"><span style="font-family: Roboto;"><span>Enfin, le Regroupement tient à féliciter tous·tes les membres et bénévoles de la revue </span><span class="CharOverride-1">À bâbord !</span><span> pour sa contribution à la critique sociale au Québec depuis maintenant 20 ans. Bonne continuation au collectif de rédaction de la revue !</span></span></span></p> </div> <hr /> <div class="rss_notes"><div id="nb1"> <p><span class="spip_note_ref">[<a class="spip_note" href="#nh1" rev="appendix" title="Notes 1">1</a>] </span>À ce propos, nous vous invitons à lire l'article « Rendez-vous des médias critiques de gauche » paru dans le numéro 95 d'<i>À bâbord !</i> : <a class="spip_url spip_out auto" href="http://www.ababord.org/Rendez-vous-des-medias-critiques-de-gauche" rel="nofollow external">www.ababord.org/Rendez-vous-des-medias-critiques-de-gauche</a></p> </div><div id="nb2"> <p><span class="spip_note_ref">[<a class="spip_note" href="#nh2" rev="appendix" title="Notes 2">2</a>] </span>Diplômé·es, travailleureuses communautaires, enseignant·es, chercheur·euses, etc.</p> </div><div id="nb3"> <p><span class="spip_note_ref">[<a class="spip_note" href="#nh3" rev="appendix" title="Notes 3">3</a>] </span>À ce propos, nous vous invitons à lire notre texte collectif paru dans le numéro 47 de la revue Le Trente publiée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et sous la direction de <em>L'Esprit libre</em>.</p> </div></div> <div class="rss_ps"> <p>Suivez le RMCG sur <a class="spip_url spip_out auto" href="https://gauche.media" rel="nofollow external">https://gauche.media</a></p> </div>
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January 28, 2026 at 11:26 PM